Gioachino Rossini (1792–1868)
Armida,  dramma per musica en trois actes (1817)
Livret de Giovanni Schmidt
Coproduction Opéra Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon / Opera Vlaanderen
Mise en scène : Mariame Clément
Reprise de la mise en scène : Jean-Michel Criqui
Décors : Julia Hansen
Costumes : Julia Hansen
Lumières : Bernd Purkrabek

Armida : Karine Deshayes
Rinaldo : Enea Scala
Gernando / Ubaldo : Edoardo Milletti
Goffredo / Carlo : Dario Schmunck
Idraote / Astarotte : Daniel Grice
Eustazio : Giuseppe Tommaso
Chœur Opéra national Montpellier Occitanie
Chef des choeurs
Noëlle Gény
Orchestre national Montpellier Occitanie
Directeur musical : Michele Gamba

Coproduction Opéra Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon / Opera

Opéra de Montpellier (Opéra Comédie) le 26 février 2017

L'Armida de Rossini, représentée la saison dernière à Gand et Anvers sous la direction d'Alberto Zedda dans la production "sportive" de Mariame Clément arrive à Montpellier, toujours avec Enea Scala, mais avec une nouvelle Armida, notre rossinienne nationale, Karine Deshayes.

Voir Blog Wanderer notre compte rendu de la représentation à Gand

 

A quoi sert que Mariame Clément ait tout compris de la Jérusalem délivrée du Tasse, des perspectives historico-politiques et des enjeux qui servent de trame au livret qu'en a tiré Giovanni Schmidt pour cette Armida – comme le prouve son interview réalisée lors de la création de ce spectacle à Gand en 2015 – pour finalement s'en détourner et saccager avec un plaisir sadique ce splendide opera seria de Rossini ? Très certainement à exaspérer le public qui ne supporte pas plus de dix minutes de voir ainsi ridiculiser ce bel argument littéraire, transposé dans un stade olympique où les croisés batifolent avec une poupée gonflable après le match, où Rinaldo se prend pour Zidane et réitère son fameux coup de tête et où la magicienne Armida déguisée tout d'abord en Lakmé, puis en Marilyn, danse sur le cercueil de Didon avant d'ensorceler son « chevalier » dans un jardin enchanté à la Pierre et Gilles, finissant en nuisette, échevelée, devant un rideau rouge… Prétention, humour à trois sous et contre-sens nous font regretter de ne pas avoir été convié à une simple exécution concertante. Face à un tel naufrage on enrage et on souffre surtout pour les artistes qui acceptent en toute connaissance de cause de se prêter à cette mascarade.

Nous ne féliciterons jamais assez Valérie Chevalier d'avoir réuni pour cette reprise une distribution de tout premier ordre. Karine Deshayes qui comme Joyce DiDonato est en pleine transition vocale, ni tout à fait mezzo, ni tout à fait soprano, triomphe malgré les difficultés de ce rôle-titre, composé pour la fameuse Isabella Colbran. Totalement investie, la cantatrice se jette à corps perdu dans cette écriture virtuose, vocalisant comme une déesse sur toute la tessiture, livrant une éblouissante prestation où la fureur du verbe s'associe à la beauté du chant.

Rompue à cette technique belcantiste, Deshayes s'impose aussi bien dans les longs récitatifs que dans les ensembles où son instrument domine : les variations de Per me propizio il fatto, la précision du duo  Amor possente nome , les écarts de Caro per te quest'anima  sont éblouissants et la scène finale, d'une modernité absolue, totalement incendiaire. Le ténor Enea Scala n'est pas en reste pour lui apporter une sensationnelle réplique dans le rôle tout aussi meurtrier de Rinaldo. Large, puissant, développé et surtout expressif, le matériau vocal est éblouissant, le chanteur d'une rare séduction redonnant à cette partition toutes ses lettres de noblesse. Autour de lui Dario Schmunck (présent à Gand) est également remarquable dans le double-rôle de Goffredo/Carlo, Edoardo Milletti (Gernando/Ubaldo) sans doute indisposé, n'a pas toute les armes pour rivaliser avec son entourage, tandis que la basse Daniel Grice (Idraotte/Astarotte) et le jeune ténor Giuseppe Tommaso (Eustazio) se montrent de parfaits comprimari.
Dans la fosse, le jeune chef italien Michele Gamba est également le grand vainqueur de cette reprise française. Direction brillante, style raffiné, technique souveraine, il ne manque rien à ce musicien accompli dont l'enthousiasme a su embraser chacun des membres de l'orchestre Montpellier Occitanie, littéralement survoltés.

 

François Lesueur
Après avoir suivi des études de Cinéma et d'Audiovisuel, François Lesueur se dirige vers le milieu musical où il occupe plusieurs postes, dont celui de régisseur-plateau sur différentes productions d'opéra. Il choisit cependant la fonction publique et intègre la Direction des affaires culturelles, où il est successivement en charge des salles de concerts, des théâtres municipaux, des partenariats mis en place dans les musées de la Ville de Paris avant d’intégrer Paris Musées, où il est responsable des privatisations d’espaces.  Sa passion pour le journalisme et l'art lyrique le conduisent en parallèle à écrire très tôt pour de nombreuses revues musicales françaises et étrangères, qui l’amènent à collaborer notamment au mensuel culturel suisse Scènes magazine de 1993 à 2016 et à intégrer la rédaction d’Opéra Magazine en 2015. Il est également critique musical pour le site concertclassic.com depuis 2006. Il s’est associé au wanderesite.com dès son lancement
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