Umberto Giordano (1867–1948)
Andrea Chénier (1896)
Opéra en quatre actes sur un livret de Luigi Illica,
créé à Milan le 28 mars 1896

Mise en scène, costumes, décors : Nikos Petropoulos, réalisée par Ion Kesoulis
Chorégraphie : Fausta Mazzucchelli, reprise par Stratos Papanousis
Lumières : Christos Tziogas 

Marcelo Alvarez (Andrea Chénier)
Maria Agresta (Maddalena di Coigny)
Dimitri Platanias (Charles Gérard)
Marisia Papalexiou (Bersi)
Inès Zikou (Contessa di Coigny)
Julia Souglakou (Madelon)
Yannis Yannissis (Roucher)
Vangelis Maniatis (Pierre Fléville, Schmidt)
Giorgos Matthaiakakis (Fouquier-Tinville)
Kostis Rasidakis (Mathieu)
Christos Kechris (L’incroyable)
Nikos Stefanou (L’abbé)
Marinos Tarnanas (Un valet)
Kostas Mavrogenis (Dumas)

Chœur, orchestre et membres du ballet de l’Opéra National de Grèce

Direction musicale : Philippe Auguin

Enregistré les 28 et 31 janvier 2021 à l’Opéra d’Athènes

A l’occasion du bicentenaire de la Révolution grecque, l’Opéra National de Grèce propose en streaming un Andrea Chénier capté fin janvier 2021, sans public, et disponible du 31 mars au 31 juillet sur son site GNO TV pour la somme de 10 euros. Marcelo Alvarez et Maria Agresta, bien connus du grand public, tiennent les rôles principaux dans une production classique signée Nikos Petropoulos, et dont l’un des principaux arguments est la belle direction musicale de Philippe Auguin.

 

 

Fin de l'acte II – Choeur de l'Opéra National de Grèce

Disponible du 31 mars au 31 juillet sur son site GNO TV (10 €)

Voilà plusieurs mois maintenant que l’Opéra National de Grèce apporte sa pierre à l’édifice du streaming lyrique en ces temps de covid. Après Madama Butterfly 1 et Don Giovanni 2, c’est au tour d’Andrea Chénier de rejoindre le site, et ce jusqu’au 31 juillet 2021 et pour la somme de dix euros ; une œuvre qui a un sens particulier puisqu’elle vient s’inscrire dans les commémorations du bicentenaire de la guerre d’indépendance grecque – initiée, selon l’historiographie officielle, le 25 mars 1821 avec l’insurrection menée par Germanos de Patras contre les ottomans. Utiliser la Révolution française pour célébrer la Révolution grecque pourrait sembler un raccourci un peu hasardeux ; mais au début du XIXème siècle, les idéaux révolutionnaires étaient largement répandus parmi les libéraux grecs qui aspiraient à l’indépendance de leur pays, face un empire ottoman déclinant. N’oublions pas non plus qu’André Chénier, né à Constantinople, avait un père français et une mère grecque. Voilà une figure qui sert en quelque sorte de jonction d’une révolution à l’autre, et qui explique ce choix de programmation.

Acte III – Gérard (Dimitri Platanias) et Maddalena di Coigny (Maria Agresta)

Pas de nouvelle mise en scène pour l’occasion, mais le retour sur les planches de celle de Nikos Petropoulos, créée à Athènes en 2000. De grandes colonnes en bois (imitation pierre) délimitent des espaces intérieurs mais qui s’ouvrent toujours sur l’extérieur : ainsi, au premier acte, le salon des Coigny laisse entrevoir un palais en arrière-plan tandis qu’au deuxième acte, le café Hottot donne non pas sur la terrasse des Feuillants (près de laquelle il était réellement situé), mais sur un bâtiment qui rappelle plutôt l’architecture de la place des Vosges. Le tribunal du troisième acte est déjà moins ouvert sur le dehors, les fenêtres étant partiellement à barreaux – à moins qu’elles aient déjà la forme d’une guillotine ? – comme pour annoncer la prison du quatrième acte, dont la lourde porte maintenue fermée s’ouvrira finalement pour mener le héros et Maddalena à l’échafaud. Pour le reste, on retrouve tous les ingrédients d’une mise en scène d’Andrea Chénier : les perruques poudrées, les cocardes tricolores, les têtes au bout d’une pique, les drapeaux à profusion, le buste de Marat, « Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort » en lettres capitales, et bien sûr une guillotine… Il ne manque rien au tableau habituel de la Révolution française. On admettra bien sûr qu’il serait difficile (impossible ?) de faire abstraction du contexte historique dans cette œuvre, et que le public s’attend à une grande fresque historique ; mais le revers de la médaille est une scénographie et une mise en scène qui ne retiennent pas l’attention, parce qu’on a un peu une impression de déjà-vu.

Acte III – Andrea Chénier (Marcelo Alvarez ; au centre)

La direction d’acteur souffre de son côté de quelques maladresses : l’irruption bien peu menaçante des paysans à l’acte I, le chœur au tribunal livré à lui-même, et surtout un duo Chénier/Roucher à l’acte II où les personnages passent leur temps à se lever, faire deux pas et se rasseoir. La répétition en deviendrait presque comique si la scène n’était pas aussi importante dramatiquement. Mais surtout, on se demande si les tableaux vivants pour conclure chaque acte étaient bien nécessaires : qu’Andrea Chénier n’aille pas sans son lot de clichés, d’accord ; c’est même en grande partie sur ce côté spectaculaire, sur cette reconstitution que repose l’œuvre, à la manière des grands romans historiques. Mais ces personnages figés au tomber de rideau, ces poses très étudiées, galvaudées, sont peut-être aller un peu loin dans le stéréotype – et surtout elles n’apportent rien dramatiquement parlant. Encore une fois, il faut reconnaître que l’œuvre est compliquée à mettre en scène, et Nikos Petropoulos en signe en tout cas une lecture certes traditionnelle, mais visuellement soignée.

Acte IV – Andrea Chénier (Marcelo Alavarez) et Maddalena di Coigny (Maria Agresta)

Le ténor Marcelo Alvarez retrouve avec le rôle-titre un personnage qu’il a déjà souvent interprété, et on lui trouve ici plus de retenue et de nuance que ce qu’il avait pu faire entendre par exemple lors des représentations parisiennes de 2009, dans la mise en scène de Giancarlo Del Monaco. On a connu incarnations plus romantiques et plus délicates, la voix passe parfois un peu en force, mais le rôle est dans ses cordes et il s’y investit avec énergie.

Dans le rôle de Maddalena di Coigny, Maria Agresta nous offre un « La Mamma morta » sensible et contrasté. Le seul reproche que l’on pourrait formuler est que la soprano ne donne pas vocalement et dramatiquement à Maddalena la fraîcheur et la jeunesse qu’on pourrait attendre du personnage, notamment lorsqu’elle assombrit beaucoup son bas-medium. Face à elle, Dimitri Platanias est un Gérard taciturne et solide vocalement, parfois un peu livré à lui-même en termes de direction d’acteurs, mais qui déploie par moments de beaux éclats dramatiques comme à la fin du « Nemico della patria » – et on se demande alors un peu ce que fait là un figurant lisant le journal, comme si de rien était, en arrière-plan.

Les rôles secondaires sont inégalement tenus : si Marissia Papalexiou et Julia Souglakou sont convaincantes en Bersi et Madelon, on est bien moins convaincue par la Comtesse de Coigny d’Inès Zikou. En revanche, Philippe Auguin dirige un orchestre de l’Opéra National de Grèce en pleine forme. La prise de son ne lui donne peut-être pas beaucoup de profondeur, mais on entend que le chef met très en valeur les vents ainsi que la harpe, si importante dans cet opéra. On apprécie la vivacité de la direction, mais aussi le fait que le son ne soit jamais inutilement assombri. Au contraire, le duo final entre Chénier et Maddalena est extrêmement lumineux et rayonnant : vraiment l’une des belles réussites de la soirée.

Cette production est à retrouver sur GNO TV du 31 mars au 31 juillet 2021.

Acte IV – Andrea Chénier (Marcelo Alavarez) et Maddalena di Coigny (Maria Agresta)

 

Notes   [ + ]

Claire-Marie Caussin
Après des études de lettres et histoire de l’art, Claire-Marie Caussin intègre l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales où elle étudie la musicologie et se spécialise dans les rapports entre forme musicale et philosophie des passions dans l’opéra au XVIIIème siècle. Elle rédige un mémoire intitulé Les Noces de Figaro et Don Giovanni : approches dramaturgiques de la violence où elle propose une lecture mêlant musicologie, philosophie, sociologie et dramaturgie de ces œuvres majeures du répertoire. Tout en poursuivant un cursus de chant lyrique dans un conservatoire parisien, Claire-Marie Caussin fait ses premières armes en tant que critique musical sur le site Forum Opéra dont elle sera rédactrice en chef adjointe de novembre 2019 à avril 2020, avant de rejoindre le site Wanderer.

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