Marina Abramović (1946)
7 Deaths of Maria Callas (2020)

sur un livret de Peter Skavlan et de l'auteure et une musique de Marko Nikodijević (2020, création française)

Conception et mise en scène, Marina Abramović
Costumes, Riccardo Tisci
Vidéo, Nabil Elderkin
Lumières, Urs Schönebaum
Co-mise en scène, Lynsey Preisinger
Collaboration aux décors, Anna Schöttl
Actrice film et performance, Marina Abramović
Acteur film, Willem Dafoe
Violetta Valéry, Hera Hyesang Park
Floria Tosca, Selene Zanetti
Desdemona, Leah Hawkins
Cio-Cio-San, Gabriella Reyes
Carmen, Adèle Charvet
Lucia Ashton, Adela Zaharia
Norma, Lauren Fagan

Chœurs de l'Opéra national de Paris
Chef de chœurs , Alessandro Di Stefano
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Direction musicale Yoel Gamzou

 

 

Paris, Palais Garnier, 1er septembre 2021, 20h

Foule des grands soirs pour découvrir le nouveau travail de Marina Abramovic, au Palais Garnier, le 1e septembre. Excitation et déception ! Connue dans le monde entier pour ses œuvres conceptuelles aux provocations savamment orchestrées, l’artiste serbe adepte du body-art n’a que peu de choses à dire sur le phénomène Callas dont l’écrasant héritage semble l’avoir dépassé. Sur-entourée par une équipe que l’on imagine aux petits soins et au garde à vous, mais qui n’apporte rien à l’affaire, l’artiste à l’égo sur-dimensionné occupe « l’image » jusqu’à l’écœurement, essayant, malgré son âge et son embonpoint de ressembler à la Divine : peine perdue ! Pour un peu, elle aurait également chanté….

Performeuse, réalisatrice, « comédienne » et metteuse en scène Marina Abramović occupe depuis plusieurs décennies la scène en offrant son corps au public dans le cadre de happenings volontairement provocants et radicaux, qui questionnent la place et le pouvoir de l’artiste contemporain. Ses spectacles-performances souvent longs et muets, donnés dans des lieux alternatifs, jouent avec les codes et mêlent tout ensemble sexualité, religion, genre, vie et mort pour mieux surprendre, dérouter ou irriter.

Figure centrale de ses propres recherches, Marina Abramović est de toutes ses expériences-laboratoire et n’hésite pas à s’investir physiquement, comme au MOMA de New York ou elle conviait à sa table des invités-cobayes, assis face à elle pour la fixer droit dans les yeux pendant des heures, sans qu’elle ne bouge d’un millimètre, ni à s’humilier, à se faire brutaliser ou à se dénuder. Nous ne lui connaissions cependant pas cette passion pour le monstre sacré qu’était, et demeure, Maria Callas – dont on célébrera le 16 septembre la 44ème année de la disparition – diva entre les divas, génie de la scène lyrique, incarnation sans pareil du théâtre et du chant, avant de découvrir l’existence de cette proposition créée à Munich en 2020. Si le destin hors norme de la cantatrice a déjà fait l’objet de nombreux projets (films, pièces de théâtre, chorégraphies, biographies….) sa vie et son œuvre continuant depuis sa mort de fournir une riche matière exploitable à l’envi, rares sont les évocations à ne pas être tombées dans la caricature ou la seule et plate révérence. Bien trop puissante pour se laisser happer ou impressionner par cette véritable icône, Marina Abramović ne cherche pas à raconter l’histoire de Maria Callas ; elle préfère convoquer ses souvenirs au moment où celle-ci s’apprête à mourir dans la chambre de son appartement parisien, un beau matin de 1977.

Allongée sur son lit, les cheveux noirs jais éparpillés sur l’oreille, Callas/Abramović repose inerte tandis qu’une musique sombre et envoutante, composée de thèmes bien connus, résonne. Sept tableaux vont ainsi se succéder, constitués par sept scènes d’opéra dans lesquelles l’héroïne meurt et où s’est brillamment illustrée la cantatrice greco-américaine. Sept chanteuse vêtues, Dieu sait pourquoi, en femme de chambre des années vingt (sans doute en souvenir de Bruna, la fidèle dame de compagnie de la Divine), viendront ainsi interpréter quelques-unes des plus grandes pages du répertoire, de Tosca à Lucia, en passant par Norma, Carmen ou Butterfly, face à l’auditoire, sur un praticable. Surgissant d’un espace scénographié par des images vidéos qui représentent des cieux ennuagés et après quelques paroles absconses débitées dans un mauvais anglais et d’un ton morne par Marina Abramovic, chaque chanteuse exécute avec des bonheurs divers son aria, tandis que sur un écran géant défilent des images filmées, sur lesquelles Willem Dafoe et Marina Abramovic « jouent » des situations censées éclairer ou expliquer la partie chantée.

Comédienne au jeu minimaliste, dont le visage entièrement refait n’est pas en mesure d’exprimer la moindre émotion, l’omniprésente Marina Abramovićdevient rapidement gênante et frise le ridicule lorsqu’elle se lance du haut d’un gratte-ciel (Tosca) ou défait sa combinaison anti-nucléaire pour présenter au passage son opulente poitrine (Butterfly). Pour mourir étouffée dans Otello, celle-ci termine avec deux terrifiants serpents autour du cou, la montée vers le bûcher de Norma étant symbolisée ici par un couple inversé, Dafoe en femme, Abramović en homme, qui se dirige main dans la main vers un immense brasier…

La seconde partie marque le réveil de Callas/Abramović, un beau matin de septembre (le jour de la mort de la diva, soit le 16), dans sa chambre à coucher où une fois debout, la performeuse égrène quelques  noms, ou réminiscences lointaines (en voix off), avant de briser un vase rempli de fleurs, d’ouvrir en grand la fenêtre, de disparaitre dans la salle de bain et de mourir enfin (8ème mort, la vraie cette fois !). Entrent alors dans la pièce les femmes de chambre, pour nettoyer les lieux et recouvrir d’un tulle noir chaque meuble. Après s’être éclipsée sur les accords d’une partition grandiloquente mais plutôt intéressante, MC/MA réapparait sur le devant de la scène en robe lamée or (les costumes signés Riccardo Tisci sont d’une laideur insigne) incarnation de la Diva pour l’éternité, et pour un ultime bain de lumière et d’applaudissements.

Si la question de savoir si oui ou non, nous entendrons la voix de Callas, se pose dès le début du spectacle, la réponse arrive enfin avec quelques phrases du « Casta diva » enregistrées en 1954 et à l’accompagnement orchestral remixé, qui remettent en une seconde les pendules à l’heure et font oublier les prestations bien inconsistantes des sopranos et mezzos réunies à l’occasion ; car à l’exception de la touchante Cio-Cio San de Gabriella Reyes, de la Carmen modeste mais attachante d’Adèle Charvet et de la Lucia aérienne quoique fâchée avec la justesse d’Adela Zaharia, joliment accompagnées par le chef Yoel Gamzou, les autres protagonistes n’ont rien d’exceptionnel… Auteur de savantes et plaisantes musiques additionnelles Marko Nikodjevic sait également écrire pour les chœurs, défendus ici avec maestria par la formation maison dont on savoure chaque intervention.

Chic et vide, prétentieux et vain, ce spectacle sans âme s’oubliera vite.

François Lesueur
Après avoir suivi des études de Cinéma et d'Audiovisuel, François Lesueur se dirige vers le milieu musical où il occupe plusieurs postes, dont celui de régisseur-plateau sur différentes productions d'opéra. Il choisit cependant la fonction publique et intègre la Direction des affaires culturelles, où il est successivement en charge des salles de concerts, des théâtres municipaux, des partenariats mis en place dans les musées de la Ville de Paris avant d’intégrer Paris Musées, où il est responsable des privatisations d’espaces.  Sa passion pour le journalisme et l'art lyrique le conduisent en parallèle à écrire très tôt pour de nombreuses revues musicales françaises et étrangères, qui l’amènent à collaborer notamment au mensuel culturel suisse Scènes magazine de 1993 à 2016 et à intégrer la rédaction d’Opéra Magazine en 2015. Il est également critique musical pour le site concertclassic.com depuis 2006. Il s’est associé au wanderesite.com dès son lancement

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