Il borgomastro di Saardam
Melodramma giocoso di 
Domenico Gilardoni
Musica di 
Gaetano Donizetti

Prima rappresentazione della nuova versione : Milano, Teatro alla Scala, 2 gennaio 1828
Revisione sull’autografo a cura di Alberto Sonzogni
© Fondazione Donizetti

Lo Czar Giorgio Caoduro
Pietro Flimann
 Juan Francisco Gatell
Wambett
 Andrea Concetti
Marietta
 Irina Dubrovskaya
Carlotta
 Aya Wakizono
Leforte
 Pietro Di Bianco
Alì Mahmed Pasquale Scircoli
Un uffiziale Alessandro Ravasio


Direttore
 Roberto Rizzi Brignoli
Regia 
Davide Ferrario
Scene 
Francesca Bocca
Costumi 
Giada Masi
Luci 
Alessandro Andreoli
Regista assistente
 Marina Bianchi
Assistente alla direzione 
Roberto Frattini

 

Orchestra Donizetti Opera
Coro Donizetti Opera
Maestro del coro Fabio Tartari
Nuovo allestimento e produzione della Fondazione Donizetti

Teatro Sociale di Bergamo, 24 novembre 2017

Deuxième découverte de cette semaine déjà lointaine de novembre 2017, après le Duc d‘Albe (voir l’article), Il Borgomastro di Saardam, un opéra bouffe (en réalité melodramma giocoso) créé à Naples en 1827 et réécrit pour Milan en 1828 qui fut mal accueilli, parce que suant son Rossini traditionnel à un moment où Rossini lui-même évoluait.

C’est au Festival Donizetti Opera qu’on doit cette redécouverte, dans sa seconde édition, qui se déroule au ravissant Teatro Sociale (bien trop chauffé) de Bergamo Alta , vu que le traditionnel Teatro Donizetti est en restauration pour plusieurs années.
Le Festival est lié à la fondation Donizetti, constituée sur le modèle de la fondation Rossini de Pesaro, avec la notable différence que le répertoire de Donizetti est océanique et les financements actuellement moindres.
N’importe, ce fut une belle soirée qui a fait découvrir une musique agréable et bien exécutée, dans l’édition critique de la Fondation.

Juan Francisco Gatell, Andrea Concetti, Giorgio Caoduro

À l’instar de Sografi (1793), Pacini et Vaccaj (1819), Donizetti s’était essayé déjà lui aussi en 1819, s’inspirant de la comédie d’Alexandre Duval (1805), Le menuisier de Livonie ou Les illustres voyageurs, à composer sur l'histoire de Pierre le Grand un opéra semiseria, Il falegname di Livonia, ossia Pietro il grande, Kzar delle Russie. Une dizaine d’années plus tard il revient au sujet.

Le livret de Domenico Gilardoni se fonde cette fois sur une pièce française de 1818, Le Bourgmestre de Sardam ou les deux Pierre, de Melesvilles, Jean Toussaint Merle et Eugène de Cantiran Boirie qui sera réutilisée plus tard (en 1837) par Lortzing pour Zar und Zimmermann et qui a aussi été l’objet d’autres livrets d’opéra.

L’histoire remonte au XVIIe quand Pierre le Grand est à Sardaam, ville des Pays Bas incognito sous le nom de Pietro Michailoff pour étudier la construction des navires (une histoire mythique qui fit le tour d’Europe). Un autre Pierre, Pietro Flimann, russe lui aussi est un déserteur amoureux de la pupille du Bourgmestre, Marietta, dont il est aimé de retour. Ali, envoyé du sultan cherche Pierre lui aussi, qui doit revenir en Russie où gronde la révolte. Pierre Flimann est confondu avec le Tsar, mais il révèle l’erreur à Marietta, et à la fin quand le vrai Pierre se révèle, tout rentre dans l’ordre, Pierre Flimann est fait amiral, et peut ainsi épouser Marietta. Seul le Bourgmestre de Saardam, Wambett, qui avait des vues sur Marietta reste seul.
La réalisation de Davide Ferrario, avec les décors de Francesca Bocca et les costumes XIXe de Giada Masi, est relativement simple, le décor est constitué essentiellement d’une charpente de navire en construction et de projections : pour une œuvre au livret relativement grêle, l’accompagnement scénique n’accentue pas le ridicule par des bouffonneries excessives, et l’ensemble demeure élégant, sans prétentions inutiles.
La musique de Donizetti a été taxée de « rossinisme » excessif lors de la reprise à la Scala en 1828 (version présentée à Bergamo dans l’édition critique de la fondation Donizetti établie par Alberto Sonzogni, avec quelques emprunts à l'édition originale de 1827, qui était en napolitain).
La musique est alerte, ressemble effectivement au Rossini bouffe, avec une volonté néanmoins de se différencier (l’ouverture), par l’utilisation de certains instruments comme les bois ou même la vocalité (notamment les airs de Marietta). La réalisation musicale de Roberto Rizzi Brignoli, tout en étant précise, manque peut-être de vitalité et d’une certaine légèreté, ou mieux, de fantaisie, il reste que l’ensemble est bien en place et que l’orchestre du Donizetti Opera montre de jolies sonorités, tout comme le chœur du Donizetti Opera dirigé par Fabio Tartari.

Irina Dubrovskaya et Juan Francisco Gatell

La distribution réunie est homogène plutôt de bon niveau, dominée par l’excellent Czar de Giorgio Caoduro, un baryton qui commence à être bien connu en Italie (moins en France), bel interprète de Rossini (c’est un Figaro demandé) et de bel canto (Donizetti et Bellini), timbre chaud, bel ligne, grande élégance belle projection et grande présence, son air de l’acte II, dans la scène avec Leforte  est tout particulièrement réussi . Le Pietro Flimann de Juan Francisco Gatell, ténor bien connu, est doué d’un très beau timbre clair, vraiment remarquable d’expression, d’élégance, de maîtrise de l’ensemble du rôle, et de contrôle, ce spécialiste des rôles rossiniens mais aussi mozartiens est en plus doué d’une belle présence scénique.

Le Borgomastro (Wambett) était Andrea Concetti qui en fait une composition proche des rôles de basse bouffe rossinienne (sur le modèle de Don Magnifico), beau timbre sonore et art consommé.
On pourrait être moins convaincu du côté féminin. La Marietta de Irina Dubrovskaya est assez élégante, avec un beau contrôle sur la voix, mais assez peu homogène dans la ligne, avec un centre peu marqué et surtout un manque singulier d’expressivité, sans le peps requis pour une primadonna. Elle a les agilités, avec des aigus pour mon goût un peu dardés. L’ensemble est loin d’être indigne, mais n’atteint pas le niveau des collègues masculins.
Les autres rôles sont correctement tenus (Aya Wakizono, Pietro Di Bianco, Pasquale Scircoli, Alessandro Ravasio), ce qui fait que la soirée passe très agréablement : il est toujours réconfortant d’assister à la renaissance d’un festival, à la découverte d’œuvres inconnues proposées avec soin, et puis le lieu (Bergamo alta) est enchanteur, et ajoute à l’agrément de la soirée.

Guy Cherqui
Agrégé de Lettres, inspecteur pédagogique régional honoraire, Guy Cherqui « Le Wanderer » se promène depuis une cinquantaine d’années dans les théâtres et les festivals européens, Bayreuth depuis 1977, Salzbourg depuis 1979. Bouleversé par la production du Ring de Chéreau et Boulez à Bayreuth, vue sept fois, il défend depuis avec ardeur les mises en scènes dramaturgiques qui donnent au spectacle lyrique une plus-value. Fondateur avec David Verdier, Romain Jordan et Ronald Asmar du site Wanderersite.com, Il travaille aussi pour les revues Platea Magazine à Madrid, Opernwelt à Berlin. Il est l’auteur avec David Verdier de l’ouvrage Castorf-Ring-Bayreuth 2013–2017 paru aux éditions La Pommerie qui est la seule analyse parue à ce jour de cette production.

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