Festival Castell de Peralada
Gala des 35 ans du festival 1er août 2021

Javier Camarena (ténor)
Riccardo Frizza Orquestra simfonica del Gran Teatre del Liceu
Cor del Gran Teatre Liceu

Léo Delibes (1836–1891)
Lakmé (1883) : « Prendre le dessin d’un bijoux… Fantaisie aux divins mensonges… »

Georges Bizet (1838–1875)
Les pêcheurs de perles (1883) : « Ah cette voix quel trouble… Je crois entendre encore… »

Gaetano Donizetti (1797–1848)
Don Pasquale (1842) : « Com’è gentil »
Betly, ossia la capanna svizzera (1836) : « È fia ver, tu mia sarai… Non può il cor, non può la mente…»

Wolfgang Amadeus Mozart (1756–1791)
Die Entführung aus dem Serail (1782) : « Ich baue ganz auf meine Stärke… »
Die Zauberflöte (1791) : « Dies Bildnis ist bezaubern schön… »

Giacomo Puccini (1856–1924)
La Bohème (1896) : « Che gelida manina »

Gaetano Donizetti (1797–1848)
La fille du Régiment (1840) « Ah mes amis… Pour mon âme… »

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Festival Castell de Peralada, le 1er août 2021, 20h

Invité pour fêter la 35ème édition du désormais célèbre festival catalan Castell Peralada, Javier Camarena, en petite forme, n’a pas été en mesure d’enflammer l’auditoire. Fatigué par ses récents Edgardo (Lucia di Lammermoor) donnés au Liceu, dépassé par un programme trop ambitieux, ou par les conséquences du Covid, qui l’ont tenu éloigné pendant plusieurs mois des plateaux, le ténor mexicain nous a inquiété, par-delà un professionnalisme intact.

Javier Camarena et Riccardo Frizza

Le public massé dans le parc de l’Auditorium du festival Castell Peralada était là pour vivre un intense moment de musique avec l’un des ténors les plus en vue du moment : Javier Camarena. Réputé pour ses incursions dans le répertoire belcantiste dont les bases lui ont été enseignées par Francisco Araiza et où sa longue voix solaire a trouvé un terrain d’élection (Puritani, La fille du régiment, L’Elisir d’amore, Don Pasquale, L’Italiana in Algeri, La Favorite, Il Pirata…), le chanteur a ouvert le bal avec deux classiques de l’opéra français : Lakmé et Les pêcheurs de perles. La voix étonnamment terne et d’une minceur inédite, s’est montrée incapable de respecter le style si particulier du « Fantaisie aux divins mensonges, parangon de douceur et de subtil alliage entre élégie et suavité. Le phrasé court et la prononciation insuffisante du français, associés à une ligne exempte de transparence n’ont pas mis en valeur les habituelles qualités d’émission de l’interprète, gêné par cette musique sur laquelle butte son instrument rebelle, impression également perçue tout au long de l’élégiaque « Je crois entendre encore ».

Donizetti avec « Com’è gentile », l’air d’Ernesto tiré de Don Pasquale, délivré avec une franchise de ton retrouvée, puis celui de Betly « È fia ver, tu mia sarai », à l’attrayante virtuosité, a semblé lui redonner des forces, inspiré par la présence de Chœurs et de l’Orchestre symphonique du Teatro del Liceu vigoureusement dirigé par Riccardo Frizza,

Donné sans entracte en raison d’un épisode pluvieux qui a failli interrompre la soirée, la seconde partie commençait par Mozart et tout d’abord par une élégante ouverture de Die Zauberflöte. S’il s’est déjà mesuré à Belmonte (Die Entführung aus dem Serail), l’exécution de « Ich baue ganz » lui a posé de nombreuses difficultés en termes de vocalises et d’homogénéité. Tamino, rôle qu’il devrait aborder cette saison à Barcelone, n’augure rien de bon : allemand plus que perfectible de son « Dies Bildnis ist bezaubern schön », voix placée dans des plus mauvaise notes et ligne de chant perturbée. Il n’est pas certain non plus que le personnage de Rodolfo dans La Bohème « Che gelida manina » soit un rôle idéal pour Javier Camarena, le manque d’éclat et de chaleur de son timbre étant quasi rédhibitoires, mais fort heureusement les célèbres contre-ut de Tonio « Ah mes amis… Pour mon âme » sont là pour nous rappeler l’espace d’un instant quel chanteur de talent il peut être. Avec en premier bis « La donna è mobile » de Rigoletto, Javier Camarena a tenté de dissiper le malaise qui planait sur l’assistance avec un certain panache, le second étant consacré à une chanson mexicaine à la tonalité chatoyante grâce à laquelle il a pu terminer avec les honneurs.

Espérons que cet état ne durera pas et que le ténor recouvrira vite ses moyens.

François Lesueur
Après avoir suivi des études de Cinéma et d'Audiovisuel, François Lesueur se dirige vers le milieu musical où il occupe plusieurs postes, dont celui de régisseur-plateau sur différentes productions d'opéra. Il choisit cependant la fonction publique et intègre la Direction des affaires culturelles, où il est successivement en charge des salles de concerts, des théâtres municipaux, des partenariats mis en place dans les musées de la Ville de Paris avant d’intégrer Paris Musées, où il est responsable des privatisations d’espaces.  Sa passion pour le journalisme et l'art lyrique le conduisent en parallèle à écrire très tôt pour de nombreuses revues musicales françaises et étrangères, qui l’amènent à collaborer notamment au mensuel culturel suisse Scènes magazine de 1993 à 2016 et à intégrer la rédaction d’Opéra Magazine en 2015. Il est également critique musical pour le site concertclassic.com depuis 2006. Il s’est associé au wanderesite.com dès son lancement
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