Richard Wagner (1813–1883)

Das Rheingold (1869)

Vorabend des Bühnenfestspiels • 1869

Musikalische Leitung
Kirill Petrenko
Inszenierung
Andreas Kriegenburg
Bühne
Harald B. Thor
Kostüme
Andrea Schraad
Licht
Stefan Bolliger
Choregraphie
Zenta Haerter
Dramaturgie
Marion Tiedtke, Miron Hakenbeck

Wotan                    Wolfgang Koch
Donner                   Markus Eiche
Froh                        Dean Power
Loge                        Norbert Ernst
Alberich                 John Lundgren
Mime                     Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
Fasolt                     Alexander Tsymbalyuk
Fafner                    Ain Anger
Fricka                    Ekaterina Gubanova
Freia                      Golda Schultz
Erda                       Okka von der Damerau
Woglinde              Christina Landshamer
Wellgunde            Rachael Wilson
Floßhilde              Jennifer Johnston

 

Monaco di Baviera, Nationaltheater, sabato 13 gennaio 2018

 

 

 

 

Nationaltheater München, 13 janvier 2018

À la Bayerische Staatsoper de Munich commence avec Das Rheingold la reprise pour trois cycles (deux en janvier février, un en juillet) du Ring des Nibelungen maison, mis en scène par Andreas Kriegenburg. Un orchestre scintillant, et tendu dans une narration serrée est le cadre d’une distribution équilibrée sous la baguette de Kirill Petrenko, comme à son habitude le triomphateur de la soirée.

Traduit de l'italien par Guy Cherqui

Nous sommes en Bavière, mais pas à Bayreuth, même s’il s’agit de Richard Wagner : nous sommes dans sa seconde maison. À juger du rituel de l’Opéra de Munich, aucun doute n'est permis. Les portes de la salle s’ouvrent comme toujours fermées jusqu’à quelques minutes du début et là, surprise…Rideau ouvert, une marée lumineuse de corps jeunes, sans connotation temporelle (nus à première vue, mais avec les parties intimes en réalité couvertes d’un collant couleur chair) attend le début du spectacle, de l’autre côté de la fosse !
Au milieu d’eux, qui discutent comme pour un pique-nique, plaisantent, se mélangent, mangent de temps en temps quelque chose, s’affairent des jeunes filles en tunique vert d’eau et quelque figure louche au cheveux bruns et longs à l’air peu recommandable, ainsi que ce qu’on devine être les personnages de l’opéra. Dans le théâtre on sent une odeur d’eau qui coule.
La musique ne naît pas dans le noir-salle total, le chef est déjà sur le podium et dans un théâtre complètement illuminé s’élève, rassurant, l’accord en mi bémol majeur…

Les filles du Rhin (Jennifer Johnston, Christina Landshamer, Rachael Wilson,) dans la scène initiale du prologue

Après s’être enduits de vernis bleu, les corps se disposent avec la régularité voulue en file sur le proscenium et fluctuent avec la même régularité, comme les ondes du fleuve, en une sorte de copulation générale qui rappelle que l’amour existe encore dans ce monde-là. Au milieu d’eux Woglinde, Wellgunde et Floßhilde se moquent d’Alberich, un grand gaillard qui ne s’en laisse pas conter et vole le trésor du Rhin, représenté par un corps doré en position fœtale, ancestrale.
Au Nationaltheater de Munich vient de commencer l’un des spectacles les plus attendus de la saison. Avec Rheingold, prologue aux trois journées qui composent le Ring des Nibelungen, le couple Kirill Petrenko – Andreas Kriegenburg reporte sur la scène, à trois ans de distance de la dernière reprise, la production née en 2012, alors dirigée par Kent Nagano.

Dès le début la manière de procéder du metteur en scène est claire : il va utiliser les corps humains, d’une manière totalement virtuose par la coordination et le silence (au point de ne jamais gêner d’aucune manière la partie musicale) et c’est le principal, sinon unique élément scénographique.
Ainsi donc ces corps seront de loin en loin le Rhin qui coule du début, les murs puissants du Walhalla, deux gigantesques blocs humains qui servent de piédestaux à Fasolt et Fafner et à la fin ces corps seront encore en scène avec les Filles du Rhin au premier plan, pour nous rappeler combien est vraiment fausse la gloire momentanée de Wotan.

Les géants (Alexander Tsymbalyuk, Ain Anger) mettent physiquement en difficulté Wotan (Wolfgang Koch)

Parmi tant de figures humaines, les Dieux se distinguent par leur élégance globale : Wotan et Fricka entrent en scène, habit sombre, comme s’ils revenaient d’un bal, fatigués, les chaussures à la main, qu’ils vont jeter sur le plateau ensuite. Entourés d’hommes pleins d’énergie, les Dieux aux cheveux blancs se meuvent toujours plus péniblement jusqu’à prendre le chemin du Walhalla guidés par un Wotan couvert de la poussière, pas seulement métaphorique, laissée par l’apparition d’Erda.

Portrait de famille avec Wotan (Wolfgang Koch) et Fricka (Ekaterina Gubanova). Au fond le mur de la forteresse

Le résultat est dans l’ensemble d’une grande beauté, même si on peut regretter l’absence d’une plus grande profondeur psychologique et s’il s’insinue quelquefois le doute d’une virtuosité un peu gratuite, visant à créer de belles images. Plus faible, il n’y a pas de hasard, la descente à Nibelheim, où l’utilisation des corps est moins originale, fondée sur une procession sans fin de mineurs.

Par conséquent, la présence presque continuelle de corps humains sur la scène est originale. Après tout, s’il est vrai que l’humanité assume une valeur musicale dans le cycle de Wagner seulement dans le deuxième acte de Götterdämmerung avec l’entrée du chœur, l’usage qu’en fait Kriegenburg est si fonctionnel dans les aspects scéniques et si bien construit qu’il ne crée aucun contraste avec la musique.

Un élégant Alberich au Nibelheim (John Lundgren)

Valorisant la lecture du metteur en scène, Kirill Petrenko cisèle une direction musicale idéale, tendue et transparente, jamais immobile, jamais statique, constellée de lumière et d’action incessante, toujours en mouvement. Son Rheingold dure un peu moins de 2 heures et quart.

Soutenue sans hésitation par un orchestre toujours excellent (splendides violons, magnifiques bois et cuivres, au-delà de petites scories vénielles, l’action se développe entre des crescendos à la précision millimétrée (scène initiale) et une magistrale scène du tonnerre : l’entrée des cordes donne le frisson.

 

La distribution est équilibrée, mais s’y distingue l’Alberich de John Lundgren qui, en accord avec la direction musicale, laisse de côté les excès que l’on entend souvent dans le rôle, et domine aussi bien par le phrasé que la puissance vocale. Magistralement chantée, la malédiction est l’un des sommets de la soirée.
Animant un Wotan différent de celui de Bayreuth plus enclin à la fraude qu’à la majesté, Wolfgang Koch est une divinité aux traits bourgeois, fatiguée et remplie de désillusion. Vocalement sûr encore que moins en forme et moins brillant que d’habitude, le phrasé est comme toujours incisif et musical.
Notes positives aussi pour les géants de Alexander Tsymbalyuk et Ain Anger, assez efficaces vocalement comme scéniquement, et pour Markus Eiche, solide Donner.
Plus fragiles cependant les interventions de Froh (Dean Power) et du Mime de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke.
Grand succès de la part du public pour le Loge de Norbert Ernst, piquant sans être grossier, très musical et sûr dans l’extension vocale du personnage.

Dans l’ensemble, le groupe des interprètes féminins se situe un peu en-deçà, où ne frappe pas particulièrement la Fricka de Ekaterina Gubanova, correcte et précise mais qui ne montre pas la largeur vocale et la variété d’accents que le personnage demanderait pour tenir tête à un tel mari.

La prestation de Golda Schultz est bonne : elle dessine une Freia au volume plutôt mince mais touchante en scène, jusqu’à regretter d’être rendue aux Dieux, comme les interventions des filles du Rhin, malgré quelques sons fixes dans l’extrême aigu.

Gardons pour la bonne bouche enfin l’Erda d’Okka von der Damerau qui dans sa brève intervention montre à la fois l’homogénéité d’une belle couleur vocale, et un chant puissant et charismatique.

Apparition d' Erda (Okka von der Damerau)

À la fin du spectacle applaudissements pour tous les interprètes, en particulier pour Lundgren, Koch et Okka von der Damerau.    Ovation pour Kirill Petrenko.

Les représentations du Ring continuent avec Die Walküre les 19 et 22 janvier, cette dernière en streaming sur la page web du théâtre (https://www.staatsoper.de/index.html)

Paolo Malaspina
Paolo Malaspina est né en 1974 e fréquente le monde de l’opéra depuis 1989. Il pris des cours privés de chant lyrique et d’histoire de la musique, en parallèle avec des études en ingénierie chimique. Il obtient son diplôme en 1999 auprès de l’Ecole polytechnique de Turin avec une thèse réalisée en collaboration avec l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse. Ses intérêts en matière musicale s’orientent vers le XIXème et XXème siècles, avec une attention particulière à l’histoire de la technique vocale et de l’interprétation de l’opéra italien et allemand du XIXème.

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