Programme

Henry Purcell (1659–1695)

« Many such days may she behold »
« Thou tun’st this world »
« Strike the viol, touch the lute »
« Let Caesar and Urania live »
« Fairest Isle »

Trois pièces pour clavecin :
« A new Irish tune », « A new Scotch tune », « Air »

« Let the fifes and the clarions sound »
« Sweeter than roses »
« Wake, Quivera ! »
« I vain the am’rous flute »

Trois pièces pour clavecin :
« March », « Air », « Rigadoon »

« By ancient prophecies »
« Music for a while »
« Sound the trumpet »

John Moss

Lessons for the bass-viol : « Almand », « Corant »

 

Magali Léger (soprano)
Jean-François Lombard (haute-contre)

Sylvia Abramowicz (viole de gambe)
Jérôme Correas (clavecin)

 

Cour de l’hôtel d’Albret, Paris, lundi 20 juillet, 19h

Dans le cadre du « Mois d’août de la culture » organisé par la ville de Paris, l’hôtel d’Albret (qui accueille la direction des affaires culturelles de la capitale) proposait un concert consacré à Henry Purcell : songs, airs, duos et pièces pour clavecin. Pour l’occasion, Jérôme Correas, claveciniste et directeur artistique des Paladins s’était entouré de la soprano Magali Léger, du haute-contre Jean-François Lombard et de la violiste Sylvia Abramowicz (qui faisait pour l’occasion une entorse au programme Purcell avec quelques pièces très rares de John Moss). Un concert gratuit et de bonne qualité ainsi qu’un programme intelligemment construit, qui participaient à l’ouverture de la musique baroque à un public plus large.

Les concerts déconfinés se poursuivent avec, dans la cour de l’hôtel d’Albret – un hôtel particulier situé en plein cœur de Paris et qui abrite aujourd’hui la direction des affaires culturelles de la ville – une soirée consacrée à Purcell. « Sound the trumpet ! », tel est son titre, réunit le directeur artistique de l’ensemble Les Paladins Jérôme Correas (au clavecin), Sylvia Abramowicz (à la viole de gambe), ainsi que les chanteurs Magali Léger et Jean-François Lombard : une distribution et un programme de qualité, et qui plus est un concert gratuit ; environ quatre-vingts personnes étaient ainsi réunies dans la cour, rejointes par intermittence par quelques passants curieux venus jeter un œil. Une belle initiative donc, qui ouvre la musique baroque à un large public.

Les musiciens alternent pour l’occasion songs, airs, duos et pièces instrumentales – dont quelques pages tombées dans l’oubli signées John Moss, seule entorse au « tout Purcell » du programme. Les « tubes » du compositeur côtoient également des pièces un peu plus rares, et les voix trouvent une acoustique de choix dans ce lieu, bien qu’il n’échappe pas tout à fait aux bruits de la ville.

On apprécie chez Magali Léger une attention au texte, une expressivité dans la diction qui donnent du relief à la musique de Purcell : dans « Thou tun’st this world » tout d’abord, extrait de L’Ode à Sainte Cécile, puis dans « Fairest Isle » (King Arthur) et, surtout, dans un très beau « Sweeter than roses » (Pausanias). Les contrastes de ce dernier air permettent à la soprano de déployer de belles qualités expressives, que ce soit en termes de couleurs, de nuances, ou de jeu avec le vibrato. On en vient ainsi à regretter que la voix ne soit pas globalement plus ronde et ne prenne pas davantage possession de l’espace, afin de faire entendre pleinement la musicalité de l’interprète.

Cette remarque vient également du fait que les duos la laissent parfois un peu au second plan derrière Jean-François Lombard, qui possède une projection remarquable et que l’acoustique du lieu met particulièrement en valeur. Il a pourtant la lourde tâche d’interpréter deux des plus célèbres pages de la musique de Purcell : « Music for a while » (Oedipus) et « Strike the viol » (Come Ye Sons of Art). La première souligne un beau legato et une voix très homogène, tandis que la deuxième fait entendre un art remarquable de l’ornementation avec une virtuosité impressionnante : non seulement très inventifs, les ornements sont également réalisés avec une souplesse et une aisance remarquables. Enfin, l’air « Wake, Quivera » (The Indian Queen), s’il est moins connu, n’en est pas moins dans le plus pur style de Purcell avec ses rythmes pointés que Jean-François Lombard dessine avec précision et un beau sens du phrasé.

Mais on sent aussi chez les deux interprètes un plaisir à chanter ce répertoire – ou peut-être un plaisir à chanter tout court, après plusieurs mois d’interruption des concerts – et on apprécie que de nombreux duos soient au programme, afin que la soirée ne vire pas au tour de chant mais qu’on retrouve, en tant que spectateur, le plaisir de voir des musiciens faire de la musique ensemble. C’est d’autant plus frappant que la musique de Purcell propose un entrelacement des voix très dense et qui nécessite une écoute attentive des interprètes entre eux ; c’est d’ailleurs sur deux duos que le concert s’achève, dont le célèbre « Sound the trumpet » (Come Ye Sons of Art).

Magali Léger et Jean-François Lombard trouvent un soutien de choix en Jérôme Correas et Sylvia Abramowicz au continuo. Ces derniers parviennent à donner de l’épaisseur, de la densité au son ; soutien sonore, mais soutien expressif également grâce au travail sur les phrasés réalisé par Sylvia Abramowicz. La violiste le révèle de manière plus frappante encore dans les Lessons for the bass-viol (1671) de John Moss, pièces très mélodiques d’un compositeur tombé dans l’oubli et dont on sait bien peu de choses – pas même ses dates de naissance et de mort – mais dont certaines partitions sont à dénicher parmi les archives de la bibliothèque nationale. Ces Lessons pour viole de gambe sont également l’occasion d’apprécier la vigilance avec laquelle Jérôme Correas accompagne la soliste, tout comme il accompagne les chanteurs. Les pièces pour clavecin solo ne sont pas les pages les plus réussies du concert – on a l’impression que le claveciniste n’a pas entièrement les partitions dans les doigts –, mais dès lors qu’il est en interaction avec d’autres musiciens il se révèle tout à fait à son aise avec une attention particulière portée aux nuances et à des détails d’ornementation.

Bien que consacré quasi exclusivement à Purcell, le programme est construit de telle manière qu’on perçoive différentes atmosphères et une forme de variété dans les pièces proposées : plainte amoureuse (« Sweeter than roses »), ardeur guerrière (« Wake, Quivera ! »), et surtout célébration de la musique (« Let the fifes and the clarions sound », « Thou tun’st this world », « Music for a while »)… Une bonne manière de découvrir le compositeur ou d’en entendre des pièces plus rares, servies par des interprètes rompus à ce répertoire ; le tout dans la cour de l’hôtel d’Albret qui avait tout l’air d’une d’enclave baroque au milieu de la vie parisienne.

Claire-Marie Caussin
Après des études de lettres et histoire de l’art, Claire-Marie Caussin intègre l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales où elle étudie la musicologie et se spécialise dans les rapports entre forme musicale et philosophie des passions dans l’opéra au XVIIIème siècle. Elle rédige un mémoire intitulé Les Noces de Figaro et Don Giovanni : approches dramaturgiques de la violence où elle propose une lecture mêlant musicologie, philosophie, sociologie et dramaturgie de ces œuvres majeures du répertoire. Tout en poursuivant un cursus de chant lyrique dans un conservatoire parisien, Claire-Marie Caussin fait ses premières armes en tant que critique musical sur le site Forum Opéra dont elle sera rédactrice en chef adjointe de novembre 2019 à avril 2020, avant de rejoindre le site Wanderer.

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