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Cornelius Meister est un jeune chef dont le talent n'a pas attendu le nombre des années, depuis ses débuts en tant chef assistant à Erfurt, puis en poste à Hanovre et Heidelberg. Il gagna ses galons de chef lyrique aux côtés de Pierre Boulez, qui l'engagea comme assistant à Bayreuth durant les étés 2004 et 2005. Le public parisien l'a découvert en 2010 à la Salle Pleyel avec l'Orchestre de Paris dans un audacieux programme Marschner, Mozart et Mendelssohn. Le concert donné à la Philharmonie de Paris reprend le modèle d'une ouverture, concerto et page symphonique, avec comme curieux écho le souvenir d'un identique couplage concerto "Empereur" et Die Seejungfrau, donné par le même Orchestre de Paris en 2004 par Armin Jordan dans l'improbable acoustique du théâtre Mogador.

L'ouverture du Freischütz place la barre assez haut, exposant des cuivres à nu dans une alternance de silences et de fortissimos. Très sémaphorique et décanté, le geste cherche ici une cohésion obtenue à force de prudence et de chant boutonné.

Moins d'apprêt dans un Concerto n°5 de Beethoven chanté toutes griffes dehors par une Elisabeth Leonskaja souvent plus impétueuse qu'impériale. Les lignes sont larges et majestueuses, avec une tendance à user d'une pédale qui noie des traits techniquement trop périlleux dans une résonance melliflue. Cornelius Meister joue sur une surface et une palette sonore qui étire le dialogue et souligne un piano peu percussif. On passe sur quelques failles chez les vents pour admirer dans la section centrale de l'allegro, cette violence sourde et noir charbon qui finit sotto voce dans un clapotis d'aigus irisés. C'est de toute évidence du très grand piano : On ne prête décidément qu'aux riches…

Éperonnée par un orchestre volontiers massif et exigeant, on sent dans la conclusion une Elisabeth Leonskaja souvent aux limites de sa maîtrise technique. L'impression s'inverse dans un adagio au son plein et éminemment plus libre de chant, aux qualités et à la finesse d'une intacte liberté et finesse qui annonce l'Impromptu de Schubert qui sera donné en bis. L'allegro ma non troppo, interrompt cette courte éclaircie avec le retour d'un jeu droit qui cherche dans la puissance de la dynamique une manière de juguler un discours qui progressivement se durcit et finit par se désunir.

Moins immédiatement séduisante que ses œuvres lyriques (Le Nain et Une Tragédie florentine) et la sublime Symphonie Lyrique, cette Petite Sirène (Seejungfrau) demeure une page assez rare sous nos latitudes. Alexander von Zemlinsky est dans cette partition, comme dans la vie, le musicien des rencontres et des influences. A la croisée d'un Mahler et d'un Schoenberg postromantique, son écriture est ici ouvertement narrative, avec pour modèle le mystérieux personnage d'Andersen (saisi comme double d'Alma Mahler comme modèle d'inspiration). Créé en 1905, en même temps que le Pelléas et Mélisande de Schoenberg, ce poème symphonique alterne passages intimistes et vastes panorama, sans éviter toutefois quelques tunnels où raffinement et couleurs se regardent évoluer l'un l'autre. Le souffle impulsé par Cornelius Meister se brise net sur les interventions raidissimes de Roland Daugareil, dont l'expression compassée s'étend rapidement au quatuor tout entier. La pulsation régulière de la direction isole les motifs en amoindrissant la brillance du chant. Malgré des pupitres de cordes puissamment brassées, le lyrisme reste à l'étroit sans jamais occulter une qualité orchestrale de premier plan.

David Verdier
David Verdier Diplômé en musicologie et lettres modernes à l'université de Provence, il vit et enseigne à Paris. Collabore à plusieurs revues dont les Cahiers Critiques de Poésie et la revue Europe où il étudie le lien entre littérature et musique contemporaine. Rédacteur auprès de Scènes magazine Genève et Dissonance (Bâle), il fait partie des co-fondateurs du site wanderersite.com, consacré à l'actualité musicale et lyrique, ainsi qu'au théâtre et les arts de la scène.

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