Gioachino Rossini 1792–1868
Franco Fagioli (contre-ténor)
Armonia Atenea
Direction musicale
George Petrou
Deutsche Grammophon,

Durée : 75'21

Demetrio e Polibio, acte 1, n°2, « Pien di contento in seno »
Matilde di Shabran, acte 2, n°9, « Sazia tu fossi alfine »
Matilde di Shabran, acte 2, n°9, « Ah, perché, perché la morte »

Adelaide di Borgogna, acte 2, « Serti intrecciar le vergini »
Adelaide di Borgogna, acte 2, « Questi che a me presente »
Adelaide di Borgogna, acte 2, « Vieni, tuo sposo e amante »
Adelaide di Borgogna, acte 2, « Al trono tuo primero »

Tancredi, acte 1, scène 3, « O sospirato lido »
Tancredi, acte 1, scène 3, « Dolci d'amor parole »

Adelaide di Borgogna, acte 1, scène 2, « Salve, Italia »
Adelaide di Borgogna, acte 1, scène 2, « O sacra alla virtù »
Adelaide di Borgogna, acte 1, scène 2, « Soffri la tua sventura … Amica speme »

Semiramide, acte 1, « Eccomi alfine in Babilonia »
Semiramide, acte 1, « Ah, quel giorno ognor rammento »

Eduardo e Cristina, acte 2, scène 12, « Nel misero tuo stato »
Eduardo e Cristina, acte 2, scène 12, « Ah ! Chi sa dirmi se la sposa »
Eduardo e Cristina, acte 2, scène 12, « La pietà che in sen serbate »

Longtemps relégués au rang d’utilité, les contre-ténors vivent à nouveau leurs heures de gloire au point de se substituer à certains grands mezzo-sopranos, dans des pages marquées par leur sceau. Chez Rossini, le retour à des voix d’hommes dans les grands rôles travestis sera peut-être plus long que prévu…

Le regain d’intérêt pour le baroque a permis à des chefs de se faire connaître, à des formations de voir le jour, à des œuvres de ressusciter et à des interprètes de prendre leur revanche. Longtemps écartés par quelques grandes mezzo-sopranos, les contre-ténors ont en effet désormais droit de cité jusque dans des répertoires où leur agilité et leur voix androgyne n’avaient plus cours : Philippe Jaroussky, Valer Sabadus, Xavier Sabata, Bejun Mehta, Max-Emmanuel Cencic et Franco Fagioli se partagent ainsi le gâteau et bénéficient d’une attention croissante du public.

Aujourd’hui bien lancée, la carrière de Franco Fagioli n’échappe pas à la règle ; présent sur scène dans de nombreux spectacles (le dernier en date était Eliogabalo de Cavalli à Garnier, quelques semaines après le très remarqué Trionfo del tempo e del disinganno de Haendel à Aix, réglé par Warlikowski), il profite également de sa position grâce à un contrat d’exclusivité conclu avec la maison de disque DG, qui croit en lui au point de lui avoir confié un plein programme Rossini.
Doté d’un large registre, d’un timbre étrange à l’aigu féminin, la voix du contre-ténor argentin surprend. Les vocalises sont plutôt exécutées avec facilité, mais dans l’air extrait de Demetrio e Polibio, « Pien di contento in seno », qui sera recyclé plus tard par son auteur dans La Gazza ladra pour devenir l’air de Pippo écrit à l’attention de la Pisaroni, celles-ci sont gâchées par une tendance au gloussement qui en affecte l’écoute. Fagioli en bon élève discipliné, fait son travail qu’il s’agisse de Matilde di Shabran ou d’Adelaide di Borgogna, œuvres de jeunesse sans réel génie, mais donne pour autant l’impression de se réfugier dans une surenchère d’ornementations qui tournent à vide et ne semblent pas le satisfaire pleinement. Pendant l’air alternatif de Tancredi « O sospirato lido » enregistré par Marilyn Horne en 1982 (CBS), composé pour Adelaide Malanotte à la création, mécontente du pourtant fameux « Di tanti palpiti », Fagioli ne peut s’empêcher de faire sa Bartoli, usant de respirations abusives, de préciosités, de retenues bien peu naturelles qui nuisent à l’ensemble, par ailleurs chanté sans variation de couleur, impression néfaste renforcée par la bien mauvaise direction de George Petrou. Dans la grande scène avec chœur d’Adelaide di Borgogna, jouée avec lourdeur par les pupitres d’Armonia Atenea, l’émission engorgée du contre-ténor est constamment brouillée, comme celle de la première Jennifer Larmore ou de Vivica Genaux, tandis que l’interprétation souffre d’une terrible monotonie.
La longue scène d’entrée d’Arsace « Eccomi alfine in Babilonia » dans Semiramide, porte un coup d’arrêt à cet album : Horne impériale dans ce rôle de guerrier à toutes les époques de sa vie (de 1963 à 1990), est indétrônable et ce n’est pas avec un ton salonnard et affecté, comme celui déployé ici, que l’on peut s’afficher dans un tel opéra et prétendre faire oublier les mezzos à qui ces rôles étaient autrefois confiés. Franco Fagioli a pourtant choisi d’aborder prochainement le rôle à la scène, à Nancy plus précisément au mois de mai : espérons que le chef Domingo Hindoyan saura l’entourer de toutes les attentions et que la production signée Nicola Raab comblera les lacunes grossies à la loupe par cet enregistrement de studio.

François Lesueur
Après avoir suivi des études de Cinéma et d'Audiovisuel, François Lesueur se dirige vers le milieu musical où il occupe plusieurs postes, dont celui de régisseur-plateau sur différentes productions d'opéra. Il choisit cependant la fonction publique et intègre la Direction des affaires culturelles, où il est successivement en charge des salles de concerts, des théâtres municipaux, des partenariats mis en place dans les musées de la Ville de Paris avant d’intégrer Paris Musées, où il est responsable des privatisations d’espaces.  Sa passion pour le journalisme et l'art lyrique le conduisent en parallèle à écrire très tôt pour de nombreuses revues musicales françaises et étrangères, qui l’amènent à collaborer notamment au mensuel culturel suisse Scènes magazine de 1993 à 2016 et à intégrer la rédaction d’Opéra Magazine en 2015. Il est également critique musical pour le site concertclassic.com depuis 2006. Il s’est associé au wanderesite.com dès son lancement
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