Molieri

 

Wolfgang Amadeus Mozart

Le Nozze di Figaro

Ouverture

« Non più andrai »

« Hai già vinta la causa… Vedrò mentr’io sospiro »

« Tutto è disposto… Aprite un po’ quegli occhi »

Don Giovanni

« Madamina, il catalogo è questo »

« Finch’han dal vino »

Cosí fan tutte

« Rivolgete a lui lo sguardo »

La finta giardiniera

« A forza di martelli »

Antonio Salieri

Falstaff, ossia Le tre burle

« Nell’impero di Cupido »

La Scuola de’ gelosi

« Mi dica il mio signore »

« Fate buona compagnia »

Axur, re d’Ormus

« Misero abietto negro »

« Idol vano d’un popol codardo »

La grotta di Trofonio

Ouverture

« Se il tuo sposo »

 

Adam Plachetka, baryton

 

Czech Baroque Orchestra

Direction musicale : Roman Válek

 

1 CD Pentatone – 58’44

 

Enregistré en avril et mai 2021 au Studio Domovina, Prague

On n’aurait pu imaginer, il y a encore quelques années, le succès qu’Antonio Salieri aurait aujourd’hui au disque. En seulement quelques semaines, deux barytons s’emploient à le défendre : après Konstantin Krimmel avec « Zauberoper », c’est au tour d’Adam Plachetka d’enregistrer des pages encore mal connues du compositeur, qu’il met en miroir d’airs bien connus de Mozart. Loin de présenter les deux compositeurs comme des rivaux – ce qu’ils n’étaient d’ailleurs pas dans la réalité – cet album intitulé « Molieri » fait au contraire résonner les pièces entre elles et apparaître les similitudes, ou du moins les échos, qui les traversent.

Antonio Salieri connaît décidément un succès discographique inattendu ces dernières semaines : nous nous faisions l’écho il y a peu de « Zauberoper », le nouvel album de Konstantin Krimmel paru chez Alpha Classics où figuraient des extraits de La grotta di Trofonio ; c’est à présent Adam Plachetka qui nous propose des pages issues de ce même opéra, dans un enregistrement qui met face à face le compositeur et son prétendu rival Mozart, non pour les opposer, mais bien pour en faire surgir les points communs.

Des points communs littéraires tout d’abord, Lorenzo Da Ponte ayant été le librettiste des deux artistes – représenté ici par des extraits d’Axur et de la trilogie mozartienne. On pourrait également citer la place majeure occupée par Beaumarchais dans leur production, inspirant bien sûr Les Noces de Figaro à Mozart, et collaborant avec Salieri sur Tarare (qui deviendra Axur, re d’Ormus dans sa refonte italienne) et sur Le Couronnement de Tarare. L’album met particulièrement en valeur une certaine circulation des thèmes et des intrigues d’un opéra à l’autre, servie souvent par les mêmes interprètes – à l’image de Francesco Benucci, qui fut Figaro aussi bien que Blasio (La Scuola de’ gelosi). L’enregistrement articule intelligemment les différents airs afin qu’on en perçoive les ressemblances musicales, ou du moins des traits stylistiques et expressifs qui appartiennent autant à Mozart qu’à Salieri : du « Non più andrai » à « Nell’impero di Cupido » de Falstaff, ou du « Misero abietto negro » d’Axur à « Hai già vinta la causa » il semble qu’il n’y ait qu’un pas, par leur usage des cuivres ou par les éclats dramatiques de l’orchestre.

Le baryton tchèque Adam Plachetka apparaît comme un interprète tout désigné pour ce programme, lui qui a tant exploré le répertoire mozartien. On se souvient de son Guglielmo et de son Publio chez Deutsche Grammophon, mais c’est une palette particulièrement large de personnages qu’Adam Plachetka a incarnée sur scène : Figaro et le Comte Almaviva, Leporello, Masetto et Don Giovanni, Guglielmo, Papageno, mais aussi le plus rare Nardo de La Finta Giardiniera. Le baryton se montre ainsi parfaitement dans son élément dans les pages mozartiennes de l’album, où la voix est d’une limpidité exemplaire et d’une assurance impeccable dans l’aigu – la version un peu hybride de « Hai già vinta la causa » proposée ici, mêlant les deux versions de l’air composées par Mozart, en est la meilleure preuve. C’est une impression d’aisance et de facilité qui domine, servie par un timbre chaleureux.

On sent peut-être Adam Plachetka moins inspiré dans « Aprite un po’ quegli occhi » et « Rivolgete a lui so sguardo », qui reposent ici davantage sur le beau chant que sur le texte ou la théâtralité ; mais il soigne au contraire tout particulièrement les pièces de Salieri, cherchant sans doute à compenser ce que le compositeur italien peut avoir de moins mordant et de moins délicat que Mozart dans l’écriture. Le « Misero abietto negro » (Axur, re d’Ormus) est ainsi plein d’une noirceur nouvelle, dans un album plutôt consacré à des pages comiques, tandis que « Se il tuo sposo » (La grotta di Trofonio) assume pleinement le caractère buffo du personnage. Enfin, l’air « Fate buona compagnia » (La Scuola de’ gelosi) est particulièrement vivant et expressif malgré les quelques lourdeurs de la partition.

Là encore, l’élégance vocale ne fait jamais défaut, ni la clarté du texte ; la musique de Salieri est formidablement servie par un chanteur qui en a amplement les moyens vocaux et la maîtrise stylistique, ce qui donne une homogénéité à l’album et rend moins prégnantes les faiblesses relatives du compositeur par rapport à son « rival ».

Ce sont des remarques assez similaires qui nous viennent à l’esprit au moment d’évoquer le Czech Baroque Orchestra placé sous la direction de Roman Válek. L’orchestre est très équilibré et assume des tempi allants, comme dans « Madamina, il catologo è questo » et surtout « Hai già vinta la causa », dont le récitatif est mené à vive allure et sans temps mort. On le trouve à quelques moments un peu discret, d’autant plus que les différentes voix y sont très bien mises en valeur et qu’on aurait aimé en profiter davantage. Mais dans l’ouverture des Noces de Figaro au contraire, le son de l’orchestre se déploie, se fait au besoin plus acéré, et les solos ressortent avec clarté de la masse orchestrale. De même dans l’ouverture de La grotta di Trofonio – où Salieri fait la part belle aux pupitres de vents – les reliefs de la partition se font entendre sans jamais perdre l’élégance du dessin de la phrase. Les musiciens du Czech Baroque Orchestra sont capables de très belles pages expressives, vivantes, voire éclatantes dans les couleurs martiales des deux premiers numéros, et leur prestation aurait été absolument idéale s’ils avaient conservé cette acuité dans la totalité de l’enregistrement. Mais c’est là la difficulté d’enregistrer des pages si connues du répertoire mozartien : on attend des interprètes qu’ils en livrent une lecture vivifiée, où l’oreille serait sans cesse attrapée par quelque détail ou effet expressif qui nous tire de ce qui, autrement, nous semble par trop familier.

L’intégralité de l’album n’en est pas moins de très haute tenue, grâce à des interprètes qui ont une expérience et une expertise évidentes de ce répertoire, en plus de grandes qualités musicales. Adam Plachetka confirme son affinité avec les rôles mozartiens qu’il a interprétés un peu partout dans le monde sans renoncer à la curiosité et au bonheur d’explorer de nouvelles voies : un bon équilibre qui donne à cet enregistrement un caractère très personnel, et qui séduit indéniablement par son projet comme par son interprétation.

Claire-Marie Caussin
Après des études de lettres et histoire de l’art, Claire-Marie Caussin intègre l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales où elle étudie la musicologie et se spécialise dans les rapports entre forme musicale et philosophie des passions dans l’opéra au XVIIIème siècle. Elle rédige un mémoire intitulé Les Noces de Figaro et Don Giovanni : approches dramaturgiques de la violence où elle propose une lecture mêlant musicologie, philosophie, sociologie et dramaturgie de ces œuvres majeures du répertoire. Tout en poursuivant un cursus de chant lyrique dans un conservatoire parisien, Claire-Marie Caussin fait ses premières armes en tant que critique musical sur le site Forum Opéra dont elle sera rédactrice en chef adjointe de novembre 2019 à avril 2020, avant de rejoindre le site Wanderer.
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