Programme

Clara Schumann (1819–1896)
Concerto pour piano et orchestre la mineur, op. 7

Johannes Brahms (1833–1897)
Variations sur un thème de Paganini, op.35

 Richard Strauss (1864–1949)
Sérénade pour 13 instruments à vent, op. 7

Arnold Schönberg (1874–1951)
Symphonie de chambre n°2, op.38


Vanessa Benelli Mosell
, piano
Orchestre Philharmonique de Radio France
Direction musicale : Mikko Franck

 

 

Enregistré le 8 janvier 2021 à l’Auditorium de Radio France

Toujours pas de concerts en bonne et due forme et en public, mais la vie musicale de l’Orchestre Philharmonique de Radio France se poursuit et permet aux auditeurs de France Musique d’entendre la pianiste Vanessa Benelli Mosell dans le relativement rare Concerto pour piano de Clara Schumann, écrit par une compositrice âgée d’à peine seize ans. Autre œuvre de jeunesse, la Sérénade pour 13 instruments à vent de Richard Strauss laisse place aux musiciens de l’orchestre dans une configuration plus réduite que d’habitude mais non moins intéressante, tout comme la Symphonie de chambre n°2 de Schönberg. Un programme riche et varié qui vaut qu’on y prête l’oreille, d’autant plus qu’il est accompagné des Variations sur un thème de Paganini où la pianiste se révèle tout à fait dans son élément.

À écouter sur le site de France Musique : https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-de-20h/vanessa-benelli-mosell-interprete-le-concerto-pour-piano-de-clara-schumann-avec-le-philhar-et-mikko-franck-90662

Hier soir était enregistré à Radio France, devant quelques chanceux, un programme pianistique et symphonique assez éclectique disponible à l’écoute sur le site de France Musique, où le Concerto pour piano de Clara Schumann et les Variations sur un thème de Paganini de Brahms côtoient la Sérénade pour 13 instruments à vents de Strauss et la Symphonie de chambre n°2 de Schönberg. On retrouve au piano Vanessa Benelli Mosell, loin du répertoire contemporain dans lequel le public parisien a pu l’entendre à plusieurs reprises (lors des éditions 2019 et 2020 du Festival Présences) : elle renoue ici avec des œuvres purement romantiques dans la lignée de son dernier album « Casta Diva », accompagnée par l’orchestre Philharmonique de Radio France sous la direction de Mikko Franck.

De romantisme, il en est largement question avec le Concerto pour piano en la mineur de Clara Schumann, ou plutôt Clara Wieck puisque la compositrice, âgée d’à peine seize ans à la création de l’œuvre, n’avait pas encore épousé Robert Schumann. On pourrait s’étonner que ce concerto, qui n’a rien à envier à nombre de ses contemporains et d’une qualité rare pour une si jeune artiste, soit très vite tombé dans l’oubli après la première ; mais bien que pianiste virtuose adulée en Allemagne, Clara Wieck est une femme : et pour composer, en 1837, cela ne pardonne pas. La jeune femme l’écrit elle-même dans son journal quelques années plus tard : « Il fut un temps où je croyais posséder un talent créateur mais je suis revenue de cette idée. Une femme ne doit pas prétendre composer. Aucune encore n’a été capable de le faire, pourquoi serais-je une exception ? Il serait arrogant de croire cela, c’est une impression que seul mon père m’a autrefois donnée » (26 novembre 1839). Nul besoin de commenter ces affirmations : le concerto les contredit de lui-même.

Bien que constituée, comme il se doit, de trois mouvements, l’œuvre les relie les uns aux autres sans interruption. L’Allegro maestoso du début, assuré, presque massif par moments, laisse place à une Romance en la bémol Majeur, très lyrique, où le piano dialogue avec le violoncelle solo avant de plonger dans la fougue et le tragique de l’Allegro non troppo final. Un voyage d’une vingtaine de minutes, dense, virtuose, chatoyant.

Vanessa Benelli Mosell

L’orchestre déploie, dès le début du concerto, un son plein, vibrant, où les cordes trouvent une belle homogénéité. Mikko Franck ne renie pas le caractère imposant et frontal de l’écriture, mais trouve grâce aux diverses occurrences des vents de quoi adoucir les effets de masse ; de quoi apporter, également, un beau contraste avec le piano. Vanessa Benelli Mosell a sans conteste les moyens pour aborder cette œuvre : le son est toujours perlé, clair, articulé. Il lui manquait malgré tout un peu de liant, un peu de profondeur aussi dans certains accords qui auraient mérité de puiser davantage dans la résonance de l’instrument, pour mieux se fondre avec l’orchestre. C’est une sensation assez similaire qui apparaît dans le deuxième mouvement, superbe romance qui rappelle Chopin par bien des aspects avec sa mélodie ponctuée d’appoggiatures, avec ses noires régulières et tranquilles à la main gauche, avec ses mouvements précipités à la main droite (sextolets, septolets et autres). Là encore on apprécie la clarté du son, la lumière qui se dégage du jeu de Vanessa Benelli Mosell mais il nous manque du moelleux dans le toucher, plus de respiration, plus de chant : impression renforcée à l’apparition du violoncelle solo, où Clara Schumann sème le doute quant à savoir qui est réellement le soliste de cette pièce. Eric Levionnois déploie en effet un son superbe et accentue remarquablement les phrasés, jouant avec le caractère très romantique de l’œuvre, mais sans trouver tout à fait d’écho au piano. On retrouve pour le dernier mouvement tout l’orchestre, dont on apprécie particulièrement les pupitres de vents qui, malgré un couac à la flûte, répondent très joliment à la soliste. Mikko Franck trouve de belles couleurs dans le passage en majeur, lumineuses, brillantes, et la pianiste a tout loisir de faire entendre des qualités techniques évidentes. Elle se montre particulièrement inspirée au retour du thème, où elle trouve une intensité dans le jeu et un élan dans le dessin des phrasés formidables. Où elle trouve, également, une meilleure cohésion avec l’orchestre, avec lequel elle peinait auparavant à entrer en symbiose.

Les Variations sur un thème de Paganini de Brahms montrent en revanche un spectre beaucoup plus large des qualités expressives de Vanessa Benelli Mosell. Elle trouve dans le thème et ses quatorze variations une palette de couleurs bien plus riche, une intensité du son, un jeu avec la résonance du piano bien plus aboutis. Le jeu est précis, maîtrisé, enlevé ; la polyphonie intelligemment mise en valeur : une interprétation tout à fait convaincante et prenante, qui gagne progressivement en profondeur et en souplesse au fil des variations.

La pianiste quitte ensuite la scène pour laisser place à l’orchestre dans la Symphonie de chambre n°2 de Schönberg : une œuvre qui a connu une très longue gestation, puisque le compositeur l’esquisse en 1906 et y met un point final en 1939. Tout un monde musical s’était déployé dans l’intervalle, de la tentation de l’atonalité à la révolution dodécaphonique, pour en venir à une forme plus intermédiaire de discours. Si l’on a déjà entendu des interprétations plus « impressionnistes » de cette œuvre que celle proposée par Mikko Franck, celui-ci se démarque par un travail attentif et constant du phrasé dans le premier mouvement. La contrepartie est un jeu qui manque parfois un peu d’allant, mais la ligne est en tout cas savamment dessinée et sculptée par le chef, qui fait entendre également un beau contraste entre les couleurs brillantes des cordes et une atmosphère plus feutrée aux vents. Le second mouvement trouve quant à lui plus d’élan et de souffle, et se construit sur un jeu de textures bien mené par le chef et l’orchestre, où chaque instrument trouve l’occasion de se faire entendre ainsi que le voulait Schönberg en renonçant à l’effectif symphonique traditionnel, pour un ensemble plus réduit.

Si la séance d’enregistrement se terminait ce soir-là par la Symphonie de chambre, une partie du Philharmonique de Radio France avait enregistré dans l’après-midi la Sérénade pour 13 instruments à vents de Richard Strauss, que l’on peut entendre sur France Musique. Si nous n’avons pas assisté à l’enregistrement de la pièce, la retransmission nous a permis d’entendre un ensemble équilibré, lyrique, et qui introduit une forme de narration à l’intérieur d’une œuvre pourtant brève. Beaucoup de couleurs champêtres, d’autres plus martiales avec les interventions du cor, qui occupe une place toute particulière dans l’œuvre – rien d’étonnant lorsqu’on est le fils de Franz Strauss, dont Wagner aurait dit : « Ce Strauss est vraiment insupportable mais quand il joue du cor, on ne peut plus lui en vouloir »1. Comme le concerto de Clara Schumann, une œuvre de jeunesse, composée à seulement dix-sept ans et qui montre qu’en musique – en imaginant qu’il soit encore nécessaire de le montrer – la valeur n’attend pas le nombre des années.

À écouter sur le site de France Musique : https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-de-20h/vanessa-benelli-mosell-interprete-le-concerto-pour-piano-de-clara-schumann-avec-le-philhar-et-mikko-franck-90662

Vanessa Benelli Mosell et Mikko Franck pendant les répétitions

Notes   [ + ]

1. Erinnerungen an meinen Vater, Richard Strauss
Claire-Marie Caussin
Après des études de lettres et histoire de l’art, Claire-Marie Caussin intègre l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales où elle étudie la musicologie et se spécialise dans les rapports entre forme musicale et philosophie des passions dans l’opéra au XVIIIème siècle. Elle rédige un mémoire intitulé Les Noces de Figaro et Don Giovanni : approches dramaturgiques de la violence où elle propose une lecture mêlant musicologie, philosophie, sociologie et dramaturgie de ces œuvres majeures du répertoire. Tout en poursuivant un cursus de chant lyrique dans un conservatoire parisien, Claire-Marie Caussin fait ses premières armes en tant que critique musical sur le site Forum Opéra dont elle sera rédactrice en chef adjointe de novembre 2019 à avril 2020, avant de rejoindre le site Wanderer.
Crédits photo : © Christophe Abramowitz
© Samuel Cohen

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