Giacomo Puccini
TURANDOT
Opéra en 3 actes, livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni
Créé à la Scala de Milan le 25 avril 1926

Mise en scène : Nikolaus Lehnhoff
Décors : Raimund Bauer
Costumes : Andrea Schmidt-Futterer
Lumières : Duane Schuler.
Chorégraphie : Denni Sayers

Turandot : Nina Stemme
Liù : Maria Agresta
Calaf : Aleksandrs Antonenko
Timur : Alexander Tsymbalyuk
Ping : Angelo Veccia
Pang : Roberto Covacca
Pong : Blagio Nacoski
Altoum : Carlo Bosi
Mandarin : Gianluca Breda
Coro di voci bianche dell'Accademia Teatro alla Scala
Coro del Teatro alla Scala

Chef des chœurs : Bruno Casoni
Orchestra del Teatro alla Scala
Direction musicale : Riccardo Chailly
Réalisation Patrizia Carmine (RAI)

1 DVD Decca 0289 074 3937 2 – Durée : 2'16''.
Sous-titrage en italien, anglais, français, allemand, chinois et coréen.
Notice en anglais

 

Enregistré en mai 2015 au Teatro alla Scala

Dernier spectacle conçu par le prolifique Nikolaus Lehnhoff, cette Turandot dirigée de mains de maître par Riccardo Chailly nous arrive en dvd sous étiquette Decca. Visuellement très belle, cette version fera date grâce à sa lecture musicale, sa distribution bien que d’un haut niveau n’atteignant pas les cimes attendues.

Lire le compte rendu de la production de Turandot (2015) sur le Blog du Wanderer

Captée par la RAI et distribuée par les éditions Decca, cette Turandot donnée à la Scala de Milan en mai 2015 dans le cadre de l’Exposition Universelle, est avant tout une réussite musicale vers laquelle l’on pourra revenir fréquemment et se référer à l’avenir. Esthète rivalisant d’imagination et d’élégance, Riccardo Chailly dirige l’ultime partition puccinienne avec la plus grande délectation. L’orchestre de la Scala scintille dans la nuit pékinoise, surprend pas son raffinement et sa capacité quasi féline à instaurer un climat tantôt effrayant, tantôt enchanteur comme dans une fable où la narration était soumise au suspense le plus intense, avant l’issue heureuse. Loin des habituels débordements sonores, le maestro italien manie la puissance, notamment dans les scènes d’ensemble réglées au millimètre, où viennent s’enchâsser les chœurs magnifiquement préparées par Bruno Casoni et à la poésie, qui accompagne les moments plus intimes comme l’arrestation de Liu et ses tendres aveux, aux cordes exceptionnellement chantantes. Ce qui allait être la dernière mise en scène de Nikolaus Lehnhoff, celui-ci décédant quelques mois après des suites d’une longue maladie, vaut surtout pour son esthétique, son très beau palais clouté et percé d’oculi, ses splendides lumières (Duane Schuler) et ses costumes très originaux (celui de Turandot qui transforme la Princesse en un étrange animal couvert de résille et de plumes noires est assez réussi), sa lecture linéaire et respectueuse pouvant apparaître trop sage. Le regard posé sur ce travail par la réalisatrice Patrizia Carmine en saisit cependant avec pertinence les qualités pour obtenir un résultat très honorable.
Le Calaf d’Aleksandrs Antonenko n’est pas aussi probant que son Otello, l’aigu n’est pas toujours stable et le timbre parait parfois engorgé, mais sa prestation générale et son jeu économe méritent les éloges. Beaucoup moins à l’aise en Turandot qu’en Minnie de La Fanciulla del West (réglée par Lehnhoff et vue à Paris en 2014/ou avec Jonas Kaufmann dans une mise en scène de Marco Arturo Marelli (Vienne) en DVD Sony) Nina Stemme casquée, caparaçonnée, inaccessible, est plus d’une fois aux limites de son instrument, ne pouvant tenir bien longtemps les aigus d’« In questa reggia », à la différence d’une certaine soprano suédoise à qui on la compare souvent. Très intéressante, la scène finale composée par Luciano Berio en 2001, résolument moderne et moins clinquante que celle d’Alfano, permet au couple de s’apprivoiser avec calme et sérénité avant de quitter le palais main dans la main aux premiers feux du jour.
Maria Agresta grimace beaucoup mais chante Liù à ravir, d’une voix pulpeuse aux doux aigus filés, Alexander Tsymbalyuk est un efficace Timur, Gianluca Breda un Mandarin expressif, Carlo Bosi un Altoum sonore, tandis que Angelo Veccia, Roberto Covacca et Blagoj Nacoski forment un trio de clowns (Ping, Pang, Pong) d’une belle cohérence scénique et vocale.

 

François Lesueur
Après avoir suivi des études de Cinéma et d'Audiovisuel, François Lesueur se dirige vers le milieu musical où il occupe plusieurs postes, dont celui de régisseur-plateau sur différentes productions d'opéra. Il choisit cependant la fonction publique et intègre la Direction des affaires culturelles, où il est successivement en charge des salles de concerts, des théâtres municipaux, des partenariats mis en place dans les musées de la Ville de Paris avant d’intégrer Paris Musées, où il est responsable des privatisations d’espaces.  Sa passion pour le journalisme et l'art lyrique le conduisent en parallèle à écrire très tôt pour de nombreuses revues musicales françaises et étrangères, qui l’amènent à collaborer notamment au mensuel culturel suisse Scènes magazine de 1993 à 2016 et à intégrer la rédaction d’Opéra Magazine en 2015. Il est également critique musical pour le site concertclassic.com depuis 2006. Il s’est associé au wanderesite.com dès son lancement
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