Carl Maria von Weber (1786–1826)
Oberon : Ouverture

Allegro sostenuto ed il tutto pianissimo possibile
Allegro con fuoco

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840–1893)
Concerto n° 1 en si bémol mineur op. 23 pour piano et orchestre

Allegro non troppo e molto maestoso. Allegro con spirito
Andantino semplice
Allegro con fuoco

Antonin Dvořák (1841–1904)
Symphonie n° 8 en sol majeur op. 88

Allegro con brio
Adagio
Allegretto grazioso
Allegro ma non troppo

Seong-Jin Cho, piano

Orchestre de l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia

Manfred Honeck, direction

Rome, Auditorium Parco della Musica, samedi 10 janvier 2026, à 18h.

Une salle comble pour un programme de grand répertoire. On ne l'aurait pas cru, car on pense parfois que les morceaux célèbres ont déjà été entendus tant de fois qu'ils n'attirent plus grand monde. Pas du tout. Et le fait que Santa Cecilia ait affiché complet, au point de devoir vendre également la tribune du chœur, derrière l'orchestre, l'a démontré. D'une part, parce que les titres du répertoire ne sont plus aussi fréquents. D'autre part, parce que lorsque l'on associe des propositions de grande musique à des interprètes de grande valeur, le public répond présent.

Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia 
Manfred Honeck, direction,  Seong-Jin Cho, piano 

Les temps que nous traversons – entre les éclats de guerres un peu partout et l'incertitude générale – nous font vraiment désirer le réconfort de la grande musique, qui, dans le climat général sombre, acquiert un attrait plus grand et rassurant. Ainsi, en associant des titres célèbres – comme le Concerto pour piano n° 1 de Tchaïkovski et une célèbre symphonie de Dvořák – à deux artistes bien connus et appréciés, tels que Manfred Honeck, chef d'orchestre, et Seong-Jin Cho, premier pianiste coréen à avoir remporté le prestigieux Concours Chopin en 2015, l'Académie a rencontré un succès supérieur aux attentes, pourtant déjà flatteuses.

Manfred Honeck, direction

Manfred Honeck se confirme comme un interprète de haut niveau et, de par sa sensibilité, solidement ancré dans la tradition musicale d'Europe centrale, dès le premier titre au programme : l'ouverture d'Oberon (1826), la dernière des trois grandes œuvres de Carl Maria von Weber. Le début est évocateur, délicat, doux. Le motif bref et poignant du cor, auquel répondent les cordes, motif qui revient ensuite en dialogue avec les cordes et les petits instruments, diffuse doucement l'atmosphère proto-romantique dont cette ouverture est un célèbre condensé. Et l'interprétation de Honeck met pleinement en lumière le kaléidoscope poétique de nuances colorées, de transparences fantastiques, mais aussi d'éclats héroïques qui innervent cette page. Ce qui a pu être apprécié, après l'Adagio sostenuto, dans le démarrage percutant de l'Allegro con fuoco, où le chef d'orchestre autrichien invite habilement les musiciens de Santa Cecilia à dessiner avec une éloquence chaleureuse l'expressivité suggestive de la musique de Weber.

Seong-Jin Cho, piano

Pièce maîtresse de l'affiche, le Concerto n° 1 en si bémol mineur pour piano et orchestre op. 23 de Tchaïkovski. À moins de trente-deux ans, Seong-Jin Cho a honoré la renommée qui l'accompagne, s'acquittant avec un naturel étonnant d'une page monumentale, et donc exposée à des comparaisons difficiles. La modernité résolue de l'interprétation convenue et concertée par les deux protagonistes, le chef d'orchestre et le soliste, était impressionnante. Dès le célèbre début, Cho a fait entendre un son impérieux, mais sec, loin de toute emphase. Depuis le podium, Honeck l'a accompagné avec une assurance sereine, dessinant le souffle orchestral, finement dosé dans les volumes et clairement scandé dans le phrasé. On a pu admirer l'éloquence incisive, mais aussi la sobriété de la lecture et le sens de la mesure du pianiste coréen : il a scandé avec justesse le profil déclamatoire de l'écriture de Tchaïkovski, tout en se gardant de tout exhibitionnisme et du risque de sombrer dans l'emphase. Sur ce style au charme contrôlé, l'Andantino semplice suivant est apparu dans toute sa beauté lumineuse, dont Cho a dessiné avec sensibilité le lyrisme suggestif.

Seong-Jin Cho, piano

Et en cela, la complicité bien modelée entre le chef d'orchestre et le soliste, sur une ligne commune de pensée interprétative, a beaucoup contribué. La conduite de l'orchestre, dirigé par Honeck, était absorbée et évocatrice, laissant même dans l'Allegro con fuoco la place nécessaire au phrasé pianistique et à l'engagement expressif de Cho. En somme, une prestation d'un goût exquis et moderne, à l'issue de laquelle Seong-Jin Cho a reçu un accueil très chaleureux.

Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia 
Manfred Honeck, direction,  Seong-Jin Cho, piano

La deuxième partie du concert était consacrée à la Symphonie n° 8 en sol majeur d'Antonin Dvořák. Une œuvre qui, à l'écoute, semble toucher les cordes les plus intimes de la sensibilité de Honeck. Lorsque la symphonie est apparue, en 1890, elle a rencontré le succès du public, mais a également suscité quelques perplexités dans les milieux les plus traditionalistes. Ces derniers objectaient que la nouvelle œuvre, par rapport au modèle canonique, manquait d'unité et laissait place à des épisodes différents et particuliers. Ce sont précisément ces articulations qui ont été revendiquées par l'auteur, qui a affirmé son intention d'élaborer ses suggestions poétiques personnelles sur une ligne plus irrégulière, avec des intentions presque descriptives. Et Honeck a choisi de mettre en lumière les différents détails, dans une dimension de cantabile ouvert.

Manfred Honeck, direction

Ainsi, dès le début, l'Allegro con brio prend son envol grâce à la phrase brillante de la flûte, une phrase qui marque son importance non pas tant par une expansion formelle que par la confrontation avec d'autres idées, elles aussi linéaires et persuasives. Dans une trame qui présente des développements contenus, le chef d'orchestre autrichien, grâce aux qualités somptueuses de l'orchestre, met plutôt en valeur les différentes combinaisons de timbres et de couleurs. Et voici donc le souffle d'une atmosphère lyrique et délicate dans l'Adagio suivant, le profil dansant de l'Allegretto grazioso, et enfin le rythme incisif de l'Allegro ma non troppo. Applaudissements nourris et prolongés.

ROrchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia 
Manfred Honeck, direction,  Seong-Jin Cho, piano

 

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Francesco Arturo Saponaro
Francesco Arturo Saponaro a exercé comme enseignant d’histoire de la musique et de directeur de Conservatoire. Depuis toujours il maintient une présence attentive dans le champ du journalisme musical. Il écrit dans Amadeus, Classic Voice sur les journaux en ligne Wanderer, et Succede Oggi. Il a écrit aussi dans d’autres journaux Il Giornale della Musica, Liberal, Reporter, Syrinx, I Fiati. Il a collaboré de nombreuses années avec la RAI pour les trois radios animant d’innombrables émissions, ainsi que pour la télévision (RAIUNO et les rubriques musicale du journal télévisé TG1)
Crédits photo : © Accademia Nazionale di Santa Cecilia / Musacchio, Pasqualini/MUSA

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