5 août 2016, Eglise du Carmen – Peralada

Bryan HYMEL, tenor
Irini KYRIAKIDOU, soprano
Julius DRAKE, piano

Ralph Vaughan Williams (1872–1958), Four Hymns for Tenor ; Hector Berlioz (1803–1869), Les nuits d'été, Vilanelle, La Spectre de la Rose, L'ile inconnue ; Charles Gounod (1818–1893), Ah ! lève-toi, soleil !; Pietro Mascagni, Mamma, quell vino è generoso ; Anton Dvořák (1941–1904), Chant à la lune (Rusalka) ; Georges Bizet (1838–1875), Parle-moi de ma mere (Carmen), La fleur que tu m'avais jetée (Carmen)

6 août 2016, Auditorium – Peradala

TURANDOT (Nouvelle production Festival Castell de Peralada)

Opéra en trois actes, créé au Teatro alla Scala de Milano, le 25 avril 1926

Musique de Giacomo Puccini (1858–1924)

Livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni d'après une fable de Carlo Gozzi. Final coposé par Franco Alfano. 

Turandot, Iréne THEORIN ; Altoum, Josep FADÓ ; Timur, Andrea MASTRONI ; Calaf, Roberto ARONICA ; Liù, Maria KATZARAVA ; Ping, Manel ESTEVE ; Pang, Francisco VAS ; Pong, Vicenç ESTEVE MADRID ; Mandarí, José Manuel DÍAZ.

Direction : Giampaolo BISANTI
Metteur en scène : Mario GAS
Scénographie : Paco AZORÍN
Costumes : Antonio BELART
Lumières : Quico GUTIÉRREZ

ORCHESTRE DU GRAN TEATRE DEL LICEU

CORO INTERMEZZO (Chef de chœur : Enrique RUEDA)

7 août 2016, Eglise du Carmen – Peralada

Xavier SABATA, contreténor

CAPELLA CRACOVIENSIS,

Direction musicale et clavecin : Jan TOMASZ ADAMUS
G. Bononcini (1670–1747) Preludio à Abdolomino, Presto "Da tuoi lumi", "Chiare faci", aria

Extrait de L'Euleo festeggiante nel ritorno d'Alessandro Magno dall'Indie.

F. Mancini (1672–1737) "Spirti fieri alla vendetta", extrait d'Alessandro il Grande in Sidone
G.B. Pescetti (1704–1766) "Serbati a grande impresse", extrait Alessandro nell'Indie
G.H. Graun (1704–1759) Sinfonia de Alessandro e Poro
L.Vinci (1690–1730) "Serbati a grandi imprese", extrait de Alessandro nell'Indie
G.F.Handel (1685–1759) "Se possono tanto due luci", extrait de Poro ; Ouverture d'Alexander's Feast
J.A. Hasse (1699–1783) "Si spande al sole in faccia", extrait de Il re pastore ; "Vano amore", extrait de Alessandro 

5, 6, 7 août 2016

Au cœur de l'été catalan, les amateurs de musique délaisseront volontiers les plages de la Costa Brava pour se réfugier du côté du Festival Castell Peralada. Un lieu fascinant à la vérité : dans un parc de verdure, un château de contes de fées restauré à la fin du XIXe siècle et qui dresse des tourelles à l'alignement impeccable recouvertes d'un lierre épais et taillé au cordeau.

Au cœur de l'été catalan, les amateurs de musique délaisseront volontiers les plages de la Costa Brava pour se réfugier du côté du Festival Castell Peralada. Un lieu fascinant à la vérité : dans un parc de verdure, un château de contes de fées restauré à la fin du XIXe siècle et qui dresse des tourelles à l'alignement impeccable recouvertes d'un lierre épais et taillé au cordeau. Abritant un musée d'art décoratif dont les collections sont installées dans le couvent du Carmen, le bâtiment comprend plusieurs corps de bâtiment, dont une riche bibliothèque et l'église des Carmes du XIVe où se déroulent une partie des manifestations données durant l'été. Pour les productions plus importantes, un auditorium en plein air peut accueillir près de 2000 personnes qui bénéficient d'un confort d'écoute remarquable, à l'égal des meilleurs festivals en plein air comme Aix, Bregenz ou Orange. 

Cette année, on célèbre les 30 ans d'un festival étonnant à de nombreux égards – à commencer par l'éclectisme de la programmation et les têtes d'affiches que l'on peut y croiser pendant plus d'un mois. Sous l'impulsion de Carmen Mateu Quintana, un mécénat exclusivement privé permet à Peralada de réunir des artistes qui acceptent de s'y produire malgré la rigueur des plannings à cette période. 

En dehors des stars de la danse (Sylvie Guillem, Roberto Bolle) et les inévitables Lang Lang, Diana Krall ou Gérard Depardieu (!), les lyricomanes auront l'occasion d'admirer les plus grandes voix actuelles, réunies à l'occasion de récitals ou même de d'opéras en version scénique. En 2015, c'était l'Otello de Verdi avec – excusez du peu – Gregory Kunde, Eva Maria Westbroek et Carlos Álvarez. La fine fleur du chant est venue à Peralada, depuis Montserrat Caballé jusqu'à José Carreras ou Placido Domingo. Les denières éditions ont vu défiler Piotr Beczała, Jonas Kaufmann, Juan Diego Flórez mais aussi Olga Peretyako ou Diana Damrau, sans oublier les baroqueux Max Emanuel Cenčić, Xavier Sabata. 

On vient à Peralada pour vivre cet inimitable parfum de soirée gala et d'ambiance détendue et estivale. Le directeur du festival Oriol Aguilera sait qu'il peut compter sur l'atout majeur que constitue l’orchestre et les chœurs du Teatro Liceu de Barcelone. Peralada est un festival d'été de grande envergure qui prolonge la saison barcelonaise et draine un public venu de l'autre côté des Pyrénées.

Réparties sur un week-end, trois soirées éclectiques nous attendent avec (dans l'ordre) un récital Bryan Hymel Bryan Hymel, Turandot et Xavier Sabata. 

hymel

Accompagné par son épouse, la soprano Irini Kyriakidou et le pianiste Julius Drake, le ténor Bryan Hymel propose un panel de mélodies rares et variées dans l'écrin de l'église du Carmen. Les Four Hymns (1920) de Ralph Vaughan Williams ne sont pas particulièrement parmi les œuvres les plus connues du répertoire de mélodies pour ténor. La voix généreuse de Bryan Hymel déborde les contours, jusqu'à donner l'impression de surdimensionner une partition somme toute modeste. La palette de la soprano Irini Kyriakidou nuance à la syllabe près les  trois extraits des Nuits d’été de Berlioz : Villanelle, Le spectre de la rose et L’île inconnue. Peine perdue, le piano très prosaïque de Julius Drake donne dans un continuum rectiligne là où l'on chercherait davantage de souplesse. Un beau lyrisme vertical pour le célébrissime "Ah ! Lève-toi Soleil !" du Roméo et Juliette de Gounod, chanté à pleine gorge par le ténor américain. Moins de passage en force dans le non moins célébrissime "Parle-moi de ma mère", extrait de Carmen de Georges Bizet avec la Micaela feutrée de Irini Kyriakidou. On n'échappera pas non plus à "La fleur que tu m'avais jetée", assez métallique de projection et de couleur. D'un chant égal et exclamatif, le "Mamma, quel vino è generoso !" de Cavalleria rusticana viendra combler les amateurs de vérisme fougueux. On préfèrera l'extrait de Hérodiade de Massenet ("Ne pouvant réprimer les élans de la foi"), livré avec feu et décibels et rendant presque anecdotique un "Nessun Dorma", fébrile par contraste. 

turandot

Pour la seconde soirée, l'auditorium en plein air a mis les petits plats dans les grands en accueillant la Turandot de Puccini. La mise en scène de Mario Gas et la scénographie de Paco Azorin ne bousculent pas vraiment les codes d'un théâtre éminemment conventionnel. Rien ne manque à cette carte postale animée : depuis les idéogrammes à l'encre noire jusqu'aux structures géométriques qui soutiennent un toit fait d'assemblage de poutres écarlates. La présence de ce décor tournant au centre du plateau se double d'une imagerie classique convoquant costumes éclatants de détails et personnages traditionnels (les conseillers fourbes, les geishas, le peuple opprimé etc.). Seule entorse à ce protocole visuel bien huilé : Après la mort de Liu, la scène s'immobilise tandis qu'une voix tombant des cintres raconte que la mort de Puccini a laissé l'ouvrage inachevé. Deuxième surprise : les protagonistes reviennent interpréter le final d'Alfano en robe de soirée et smoking, version modernisée de cette fable pour grands enfants. 

Initialement prévu dans la distribution, le ténor Gregory Kunde (éclatant Otello lors de l'édition 2015) est finalement remplacé par le rectiligne Roberto Aronica dans le rôle de Calaf. L'émission surveillée négocie tant bien que mal les changements de registres tandis que le très attendu "Nessun dorma" s'en tient à un périlleux numéro d'équilibriste pour ne pas détoner complètement. Par comparaison, la grande Irene Theorin n'a pas à forcer son talent pour camper une princesse Turandot absolument remarquable. La projection magistrale se mariée idéalement à des aigus délirants et quasi-feulés qui rendent perceptible le trouble et la fragilité du personnage. 

Maria Katzarava est une Liu remarquablement timbrée, avec une voix tendue et puissante qui fait merveille mais n'émeut pas autant qu'il faudrait dans la scène de la mort. Le Timur tonnant d'Andrea Mastroni est à placer au même niveau que l'honnête Josep Fado en Altoum. Les impayables Ping, Pang, Pong de Manel Esteve, Francisco Vas, Vicenç Esteve Madrid, complètent le tableau de belle manière. Dans la fosse, Giampaolo Bisanti électrise d'un geste clair l'Orchestre du Gran Teatre del Liceu et le très remarquable Chœur Intermezzo, issu des rangs du chœur du Teatro Real de Madrid.  Ce Puccini très lacrymalement correct se garde de surjouer l'épaisseur sentimentale du texte, ce qui convient parfaitement à la dimension expressive de l'œuvre.

xsabata

Retournant sous les ors de l'église du Carmen, le contre-ténor Xavier Sabata complète le séjour catalan avec un récital thématique à la gloire d’Alexandre le Grand avec la Capella Cracoviensis sous la direction de Jan Tomasz Adamus. On remarque parmi le bouquet d'airs les noms de Haendel, Hasse et Vinci, associés à d'autres compositeurs moins célèbres. Les pièces instrumentales comme l'inaugurale sinfonia de La superbia d’Alessandro d’Alessandro Steffani ou encore la sinfonia d’Alexander’s Feast, les musiciens multiplient les approximations et les intonations douteuses. La voix monoligne de Sabata ne cherche pas à capter l'attention en osant des ciselures et une pyrotechnie des effets. En témoignent la modestie du Spirti fieri alla vendetta de l’Alessandro il Grande in Sidone de Mancini ou Vano amore, lusinga, diletto de l’Alessandro d’Haendel. On cherchera vainement dans l'extrait Serbati a grandi imprese de l'Alessandro nelle Indie de Giovanni Battista Pescetti une quelconque aspérité du grain et une envolée des ornements au-dessus du juste convenable. La tendresse du Cedo a Roma, bis extrait du Scipione de Haendel permet de se réconcilier avec une couleur et une expression vocale à laquelle la soirée ne rend pas vraiment justice…

David Verdier
David Verdier Diplômé en musicologie et lettres modernes à l'université de Provence, il vit et enseigne à Paris. Collabore à plusieurs revues dont les Cahiers Critiques de Poésie et la revue Europe où il étudie le lien entre littérature et musique contemporaine. Rédacteur auprès de Scènes magazine Genève et Dissonance (Bâle), il fait partie des co-fondateurs du site wanderersite.com, consacré à l'actualité musicale et lyrique, ainsi qu'au théâtre et les arts de la scène.
Crédits photo : © Juan Castro Iconna et Toti Ferrer

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