Programme

Concert du 8 août

Wolfgang Amadeus Mozart
Quintette pour clarinette en la majeur K.581

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Johannes Brahms
Quintette pour clarinette en la majeur op.115

Jörg Widmann, clarinette
Quatuor Hagen
Lukas Hagen violon | Rainer Schmidt violon | Veronika Hagen alto | Clemens Hagen violoncelle

Menton, Parvis de la Basilique Saint Michel Archange 8 août 2017

Concert du 12 août

Johann Sebastian Bach
Prélude en sol mineur pour orgue, BWV 535 (arr. A. Siloti)
Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ, BWV 639 (arr. F. Busoni)
Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist, BWV 667 (arr. F. Busoni)
Jésus que ma joie demeure, BWV 147 (arr. M. Hess)

Robert Schumann
Fantaisie in do majeur op. 17

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Heitor Villa-Lobos
Prélude de Bachianas Brasileira n°4, W264
3 pièces de A prole do bebê n°1, W140
Branquinha (A boneca de louça)
A pobrezinha (A boneca de trapo)
Moreninha (A boneca de massa)

Fryderyk Chopin
Sonate n°3 in si mineur op. 58

Nelson Freire, piano

Menton, Parvis de la Basilique Saint Michel Archange 12 août 2017
68ème Festival de Musique de Menton   –   29 juillet – 13 août 2017

 

 

Menton, Parvis de la Basilique Saint Michel Archange 8 et 12 août 2017

Un festival de musique de chambre historique qui en est à sa 68ème édition qui confirme sa bonne santé par la qualité des programmes et interprètes présentés dans les deux premières semaines du mois d’août.

Véritable co-protagoniste, un cadre d’une beauté suggestive avec une magnifique acoustique.
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Traduit de l'italien par Guy Cherqui

J’avoue que l’auteur de ces lignes n’aime pas écouter la musique en plein air, ne réserve pas une année auparavant sa place dans une arène noire de monde, et ne supporte pas de devoir attendre la tombée de la nuit ou de scruter le ciel pour voir s’il a parcouru les kilomètres habituels (tant et tant) pour réussir à écouter encore ses artistes préférés.

Et pourtant, où qu’on regarde, l’Europe l’été est un unique lieu de festivals, cycles, semaines, à la chasse de tout lieu qui puisse se prêter à être transformé en scène, que ce soit un temple romain, la cour d’un château improbable, le jardin d’une villa.
Les glaciers, déjà mis à dure épreuve par la main de l’homme, se sauveront ils de l’assaut des touristes mélomanes à la recherche d’un Rossini des sommets, encore mieux si nocturne avec menu à la carte ?

L’occasion d’un concert en plein air vient cette fois de la 68ème édition du Festival de Musique de Menton. Fondé par le hongrois André Böröcz qui grimpa au sommet de la vieille ville, en tomba amoureux et donna naissance à un Festival de renommée internationale. Il présente depuis 1950 des programmes de musique de chambre interprétés par des solistes de grand prestige : Wilhelm Kempff, Marguerite Long, Aldo Ciccolini, Sviatoslav Richter, Jacques Thibaud, Jean Pierre Rampal, Isaac Stern, Mstislav Rostropovitch, s’il faut en nommer quelques-uns.
Si ces artistes sont tombés amoureux du lieu, il y aura bien une raison…Et en effet l’atmosphère et la beauté de ces espaces m’ont conquis jusqu’à la dernière rampe d’escaliers.

À première vue, l’escalier qui monte au parvis de la basilique est une œuvre d’art à l’effet urbanistique heureux. Sur un morceau de côte déjà parcouru par les romains et connu depuis des siècles pour être la partie la plus tempérée de toute la Côte d’Azur, il y a des traces qui remontent au XIIIème siècle dans la ville qui pendant toute son histoire resta aux mains des Grimaldi de la Monaco voisine.

Leur empreinte se fit sentir en particulier au XVIIème quand on commença la construction de la Basilique, terminée à l’orée du XIXème par la façade actuelle au style baroquisant.
Là-haut, à la fin de cet escalier au total pas si difficile, on arrive sur cette petite place suspendue entre terre, mer et ciel et on en comprend le charme par l’élégance intime et recueillie du parvis qui dès les premières notes se transformera en une salle de concert sans murs à l’acoustique sèche et douce, entourée d’un silence imprévu en suspension au-dessus des bruits confus que l’on s’imagine provenir des restaurants qui s’étendent tout au long de la rue piétonne de la ville basse.

Concert du 8 Août : Jörg Widmann et Quatuor Hagen

Mozart et Brahms au programme du concert du 8 août, avec Jörg Widmann à la clarinette et le Quatuor Hagen, qui ont exécuté deux piliers de la littérature pour clarinette et quatuor à cordes, le quintette K.581 et l’opus 115.
Sur le papier, deux compositions intimement liées l’une à l’autre : Mozart écrivit en 1788 le quintette, inspiré pae la qualité du clarinettiste de la cour viennoise Anton Stadler (suivra un autre chef d’œuvre, le concerto K.622). Brahms un siècle plus tard se décida à composer l’opus 115 après avoir entendu Richard Mühlfeld (virtuose du célèbre orchestre de Meiningen) dans le quintette de Mozart.

Le moment le plus marquant de la soirée a été l’exécution du quintette de Mozart où Jörg Widmann, clarinettiste et compositeur né à Munich en 1973, a restitué avec un son moelleux mais net le classicisme serein du morceau. Les notes coulent pleines et claires, sans accents surjoués, et on perçoit que le talent de l’artiste ne consiste pas à reproposer des schémas éprouvés. Avec une technique d’une rare sûreté, le clarinettiste dialogue avec les cordes, en particulier avec le son précis de Lukas Hagen, donnant vie à un larghetto au ton doux, mais à la manière plus résolue. Si dans le menuet peine à s’imposer la dynamique de la danse populaire (basse Bavière à la sauce viennoise, cette fois néanmoins l’acoustique n’aide pas), la virtuosité des variations de l’allegretto final est rendue au mieux, notamment grâce aux Hagen.

Fondé en 1981, le Quatuor Hagen constitué de frères et sœurs (Rainer Schmidt prit très vite la place d’Angelika, qui décida d’entamer d’autres études) est une référence internationale à la discographie abondante et prestigieuse. Précision de l’ensemble, clarté, classicisme qui vient des racines salzbourgeoises et de tant d’années de travail en commun s’imposent dès le début. Ils jouent pour la première fois à Menton, et, ce qui ne gâte rien, les quatre ont dans les mains un Stradivarius.

Après la pause, la lecture du quintette de Brahms laisse moins d’espace que d’habitude à la poignante mélancolie automnale à laquelle la composition s’identifie. De nombreux passages paraissent plutôt contrastés et tourmentés, même là où il y aurait possibilité d’une lecture plus fluide et plus détachée, comme dans une partie de l’adagio et surtout de l’andantino, quintessence du style de la musique de chambre de Brahms.

Dans le mouvement final l’auteur rend un grand hommage à Mozart, reproposant cinq variations sur un thème qui suit le schéma du quintette K.581, clôturant ensuite la composition par cette signature incomparable faite de la réapparition de l’incipit du premier mouvement, comme le congé d’une expérience musicale entière dans un climat dilué et poignant.
À la fin applaudissements chaleureux pour tous les interprètes.

 

12 août : récital Nelson Freire

Le 12 c’est au tour d’un récital qui voit le retour à Menton du pianiste Nelson Freire, protagoniste solitaire et discret de la scène européenne depuis plus de cinquante ans, moins connu en Italie, mais artiste aimé des salles françaises. Né au Brésil en 1944, enfant prodige, il consolida sa formation à Vienne où il devint un ami fraternel de Martha Argerich avec laquelle il donne encore des concerts.

La soirée s’ouvre sur des transcriptions d’œuvres pour orgue de Jean-Sébastien Bach, par Siloti ou Busoni, tandis que la cantate BWV 147 l’a été par Hess.
Dès les premières notes, on comprend l’essence de l’art pianistique de Freire : le son n’oscille pas de manière névrotique entre moments extatiques et impalpables ppp ou fff éclatantes, mais il module plutôt de manière nette et continue par des variations de dynamique, en n’oubliant jamais la ligne du dessein global.

Freire saisit parfaitement le sens de ces transcriptions, où le piano réinterprète honnêtement l’orgue en l’adaptant à ses propres possibilités expressives, en ayant toujours en mémoire l’écriture originale. En ce sens, magnifique prélude BWV 535 et exemplaire le rendu de la spiritualité sereine de la célèbre cantate BWV 147.

Au cœur de la soirée, la Fantaisie op.17 de Schumann en sort sculptée par l’alternance de moments impétueux et suspensions mélancoloques, culminant au troisième mouvement Langsam getragen. Durchwegleise zu halten (Lent, toujours piano), un lent nocturne, sommet de la délicatesse schumannienne et de la littérature romantique pour piano. Si l’ardeur du premier mouvement ne sonne pas monumentale, la spontanéité de l’exécution nous restitue l’œuvre dans une dimension poétique, douce et chantante.

Après l’entracte e un hommage qui n’a rien de folklorique au compositeur Villa-Lobos son compatriote, le programme se clôt avec la troisième sonate op.58 de Chopin, couronnement du parcours stylistique de Freire qui avec la même cohérence que dans la première partie restitue moments ardents et moments de douceur sans jamais tomber dans l’effet d’une part et les mélismes d’autre part.
La soirée se conclut par quatre bis offerts par un artiste glorieux à l’humanité communicative.

La 68ème édition du Festival de Musique de Menton s’est déroulée du 29 juillet au 13 août. Outre les deux concerts que nous venons d’évoquer, on peut citer entre autres la présence de Fazil Say pour le concert d’inauguration, Renaud Capuçon, Christian Zacharias, Jean-Christophe Spinosi avec un hommage à Monteverdi, Christian Tetzlaff, Leif Ove Andsnes, Lars Vogt, Marie-Nicole Lemieux pour la soirée de clôture autour d’opéras de Vivaldi.

Et pendant la même période, sept autres concerts se sont déroulés au Musée Jean Cocteau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paolo Malaspina
Paolo Malaspina est né en 1974 e fréquente le monde de l’opéra depuis 1989. Il pris des cours privés de chant lyrique et d’histoire de la musique, en parallèle avec des études en ingénierie chimique. Il obtient son diplôme en 1999 auprès de l’Ecole polytechnique de Turin avec une thèse réalisée en collaboration avec l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse. Ses intérêts en matière musicale s’orientent vers le XIXème et XXème siècles, avec une attention particulière à l’histoire de la technique vocale et de l’interprétation de l’opéra italien et allemand du XIXème.
Crédits photo : © Wanderersite/Malaspina (Scalinata)
© Ch. Merle (Hagen/Widmann)
© E.Dahan (N.Freire)

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