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Longtemps évitée après sa phénoménale résurrection en avril 1952 au Mai musical florentin avec Callas et Serafin, faute d’artiste capable de restituer l’ampleur de ce personnage, Armida souffre depuis plus de trente ans d’un autre fléau, celui de la mise en scène. Si Anderson, Fleming et récemment Deshayes ont pu relever le défi vocal du rôle-titre, les spectacles dans lesquels elles se sont mues n’ont jamais atteint le même niveau. Jean-Claude Fall à Aix-en-Provence en 1988, Maria Zimmermann au Met en 2010 et la dernière en date, Mariame Clément, ont échoué à traduire scéniquement les amours de la magicienne Armida et du chevalier Rinaldo. La scabreuse transposition tentée par Mariame Clément qui convoque sans aucun souci de cohérence, quelques croisés belliqueux réunis sur un terrain de foot en présence d’une pin-up transformée en Marilyn Monroe (Gentlemen prefer blondes et sa célèbre chanson « Diamonds are a girl’s best friend ») tout droit sortie d’une toile kitsch de Pierre & Gilles, agace ou fait sourire, mais ne traite à aucun moment le sujet lointainement inspiré du Tasse. L’anachronisme des décors et des costumes, l’hétéroclisme ou la vulgarité de certaines situations (ah la poupée gonflable avec laquelle jouent les gros bras…), tout semble avoir été plaqué sans réflexion de fond pour illustrer le propos sans volonté d’en tirer quoique ce soit. Ainsi le spectateur n’a plus qu’à fermer les yeux et porter son attention sur la partition, une des plus singulières du Rossini serio, spécialement conçue pour son épouse, la téméraire Isabella Colbran, également créatrice d’Otello, d’Ermione ou de Zelmira. Au pupitre, dans ce qui devait être sa dernière apparition à l’opéra, Alberto Zedda ne cesse de réhabiliter cette œuvre injustement déconsidérée. Sa direction vive et inspirée, brille par son sens de l’équilibre, la justesse de ses tempi et la rigueur de sa narration. L’Orchestre symphonique des Opéras d’Anvers et de Gand, docile à défaut d’être particulièrement idoine, s’en remet à cette figure majeure du répertoire bel cantiste dont la disparition laisse un grand vide.

La distribution laisse malheureusement à désirer : Dario Schmunck dans le double rôle de Goffredo et de Carlo peine à restituer la vaillance et les splendeurs du ténor rossinien voulu par son auteur, comme Robert McPherson, dont les moyens sont trop justes pour se tirer avec les honneurs de Gernando et de Ubaldo. Au moins la basse Leonard Bernard chante-t-elle correctement Idraote et Astarotte. Elève d’Alberto Zedda, Enea Scala a du coffre et de l’ambition pour se mesurer à la tessiture vertigineuse de Rinaldo. Son émission un peu brute, son agilité parfois entachée par une certaine lourdeur, ses grands aigus à la limite du plafonnement et ses graves écrasés rappellent cependant que le chemin pour parvenir au sommet est proche, mais pas encore atteint. Comme à Montpellier deux ans plus tard son investissement est payant surtout en duo avec Armida et s’il ne parvient pas tout à fait à procurer le frisson attendu lors de l’électrisant trio « In quale aspetto imbelle » du 3ème acte, la prestation du chanteur est tout à fait intéressante.

Reste le cas de Carmen Romeu ; on peut toujours parier sur une cantatrice débutante et pleine de bonne volonté, mais dans le cas d’une partition si exigeante on sait d’avance que la partie est perdue d’avance et que l’on court à la catastrophe. Cette Musetta, cette Liù, cette Ninetta n’a pas l’envergure vocale, l’ambitus et la résistance pour affronter une écriture telle que celle d’Armida. Sa technique rudimentaire ne lui permet pas de se mesurer à ce rôle de « drammatico d’agilita » qui réclame une connaissance des règles belcantiste et une pratique à toute épreuve qu’il s’agisse de vocalise, de maitrise du souffle ou d’extension du grave à l’aigu qui sont la base de la grammaire rossinienne. Le timbre aigrelet de la chanteuse n’arrange rien, la fatigue et l’usure prématurée du matériau (un comble à seulement 31 ans !) faisant le reste. Frêle comme un roseau, Carmen Romeu essaie de s’accrocher aux branches pour venir à bout de cet opéra au chant escarpé, échouant sur la moindre gamme ascendante, trébuchant dans les ensembles et expédiant les échelles chromatiques du « D’amor al dolce impero », avant de sombrer dans un final indigne. Pas étonnant que cette soprano espagnole ne soit plus programmée depuis sur la moindre scène.

François Lesueur
Après avoir suivi des études de Cinéma et d'Audiovisuel, François Lesueur se dirige vers le milieu musical où il occupe plusieurs postes, dont celui de régisseur-plateau sur différentes productions d'opéra. Il choisit cependant la fonction publique et intègre la Direction des affaires culturelles, où il est successivement en charge des salles de concerts, des théâtres municipaux, des partenariats mis en place dans les musées de la Ville de Paris avant d’intégrer Paris Musées, où il est responsable des privatisations d’espaces.  Sa passion pour le journalisme et l'art lyrique le conduisent en parallèle à écrire très tôt pour de nombreuses revues musicales françaises et étrangères, qui l’amènent à collaborer notamment au mensuel culturel suisse Scènes magazine de 1993 à 2016 et à intégrer la rédaction d’Opéra Magazine en 2015. Il est également critique musical pour le site concertclassic.com depuis 2006. Il s’est associé au wanderesite.com dès son lancement

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3 Commentaires

  1. Renée Fleming a chanté Armida d’abord à Pesaro en 1993. J’y étais, mais n’ai aucun souvenir de la mise en scène… je crois qu’elle remplaçait la soprano qui était prévue, peut-être Gasdia, je ne sais plus.

  2. Fleming ne remplaçait pas Gasdia à Pesaro en 1993 puisque cette dernière y chantait Maometto secondo cette même année ( j’y étais aussi, mais ne me souvenais plus que c’était la même année !! Des fréquentations répétées dans un même festival brouillent la mémoire..

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