Ce qu'il restera de nous
Film
Réalisation, scénario, image et montage :
Vincent Macaigne
Son : Romain Vuillet
Musique : Nihil Bordures

Avec :
Thibault Lacroix, Anthony Paliotti, Laure Calamy, Thomas Blanchard, Dan Artus

Production :
Kazak Productions

Voilà ce que jamais je ne te dirai (performance)
Je suis un pays…

Texte, mise en scène, conception scénographique, visuelle et sonore :
Vincent Macaigne
Scénographie : Julien Peissel
Accessoires : Lucie Basclet
Costumes : Camille Aït Allouache
Stagiaire costumes : Estelle Deniaud
Collaboration lumière : Matthieu Wilmart
Stagiaire lumière : Edith Bigaro
Collaboration son : Charlotte Constant
Collaboration vidéo : Oliver Vulliamy
Assistanat mise en scène : Salou Sadras
Avec des compositions musicales de : Nova Materia (Caroline Chaspoul, Eduardo Henriquez)
Production et technique : Théâtre Vidy-Lausanne
Construction des décors : Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne
Administration Compagnie Friche 22.66 : AlterMachine : Camille Hakim Hashemi, Elisabeth Le Coënt
Avec :
Sharif Andoura,
Thomas Blanchard,
Candice Bouchet,
Thibaut Evrard,
Pauline Lorillard,
Hedi Zada.

Et les enfants, en alternance : Baladine, Elettra et Lili
Avec la participation vidéo de : Matthieu Jaccard et Eric Vautrin
Production : Théâtre Vidy-Lausanne Cie Friche 22.66

La compagnie Friche 22.66 est soutenue par la DGCA – Ministère de la Culture et de la Communication (FR) au titre de Compagnie nationale.
Création le 14 septembre 2017 au Théâtre Vidy-Lausanne Avec les équipes de production, technique, communication et administration du Théâtre Vidy-Lausanne

 

Théâtre de Vidy-Lausanne, 15 et 16 septembre 2017

Vincent Macaigne était pendant le mois de septembre en résidence au Théâtre de Vidy-Lausanne, sur les rives du Léman dans un paysage aussi enchanteur que serein, si propice à la création, pour travailler à un spectacle qui est work in progress et qui chaque jour se transforme. Deux créations : Je suis un pays…, de Vincent Macaigne repris de son premier texte Friche 22 66, écrit au seuil de l’âge adulte, et une performance Voilà ce que jamais je ne dirai qui est étroitement liée au spectacle précédent. le tout est accompagné de la projection de son premier film, le moyen métrage Ce qu’il restera de nous complété par deux autres films à la cinémathèque, Pour le réconfort (qui sort en salle ces jours-ci)et Don Juan et Sganarelle. En faisant investir ses espaces par Vincent Macaigne, Vincent Baudriller, à la tête du plus inventif des théâtres de langue française, se montre toujours défenseur d’une scène neuve, énergique, qui interroge le monde.

On commence par assister (si l'on veut) à la projection de Ce qu’il restera de moi, le premier film de Vincent Macaigne, histoire de deux frères qui se retrouvent à la mort du père, qui fait son héritier de celui qui brûle l’argent et qui fait de sa vie un vagabondage, et qui déshérite celui qui a renoncé à ses rêves pour une vie ordinaire, sorte de parabole du fils prodigue où chacun règle ses comptes avec l’autre, et où l’épouse du frère rangé finit elle aussi dans une scène bouleversante à crier son désespoir et sa solitude : un travail très rigoureux sur l’image, qui démontre une très grande maîtrise des cadrages, notamment des visages et des paysages malgré des moyens limités, et qui fouille surtout un raccourci de tragédie de l’intime. On en sort un peu secoué, mais cette expérience assez forte montre la polymorphie créatrice de Vincent Macaigne. Ici commence le récit de deux jours exceptionnels à Vidy.
Jour 1 :
Ce qu'il restera de nous (film)
Voilà ce que jamais je ne te dirai  (Performance)
Jour 2 :
Je suis un pays…(pièce de théâtre)

Impliquer le public pour qu’il « joue le jeu » dans le cadre de ce spectacle est une arme à double tranchant. Le public est complètement impliqué dans la performance « immersive » Voilà ce que jamais je ne dirai parce qu’il figure dans le spectacle Je suis un pays…, chœur muet revêtu de combinaisons antiradiations et de lampes torches assis au fond de la scène : à lui s ‘adresse en priorité le monologue final du personnage de Marie. Il est aussi sollicité dans Je suis un pays…pour jouer le public des émissions de téléréalité, des talk-shows « à la TPMP ». Il est invité à jouer le jeu et danser, hurler ou se lever, invité par les acteurs chauffeurs de salle. Evidemment au second degré.
Mais ces spectateurs qui sont spectateurs et acteurs en même temps, jouent-ils le public de la TV, avec le jeu échevelé mais distancié nécessaire de l’acteur, où sont-ils  un public qui s’amuse au premier degré ? Autrement dit, sont-ils ce que la pièce de Vincent Macaigne dénonce ou acteurs conscients de la dénonciation ?

Toute l’ambiguïté de cette question est un des éléments de la réflexion sur la pièce. Suis-je ce pays ravagé par le monde clinquant et totalitaire qui me gouverne, ou suis-je le regardeur formidable du pays sans fonds qu’est le monde, et qui m’effraie ?
La position du public n’est pas la moindre des questions mises en débat par ce spectacle qui peut ulcérer ou enthousiasmer, où tout est théâtre dans tous les sens et qui fait vraiment penser.

L’histoire en est simple : après une catastrophe immense qui a anéanti le monde, ceux qui restent décident de reconstruire une organisation sociale et politique, poussés par les multinationales  (Monsanto en tête) qui ont besoin de ces organisations pour continuer d’irriguer le monde. Ainsi se construit un semblant de démocratie, avec des débats qui sont autant de shows, dans un monde qui n’est plus monde, mais reality show télévisuel.
Mais ce monde est sans leader : pour reconstruire le monde et l’organisation sociale, pour refonder il faut un événement fondateur auquel le peuple puisse (ou doive) croire, ce sera un bébé, produit d’une sorte de viol sacré entre un ange(?) et une jeune fille, que la mère a abandonnée avec son frère, non par lâcheté, mais pour les protéger et leur faire échapper aux recherches. Peine perdue, la jeune fille est violée, et on crève les yeux du frère. Mais la jeune fille réussira à soustraire le bébé…

Ce nouveau monde est donc le produit d’une mythologie nouvelle qui en dispute par la monstruosité à l’ancienne mythologie grecque et à la cosmogonie antique, victoire de Zeus sur les Titans, chute de Chronos, enfants dévorés par leur père etc…Tout monde a besoin d’une horreur créatrice, qui est souvent un meurtre (par ex. Romulus et Remus, ou Thésée et le Minotaure etc..).
Cette horreur des origines, aussi vieille que le monde, fonde un monde nouveau (et donc ancien) géré par un semblant de politique (la SDN, Société des Nations – nous sommes à 45km de Genève, les multinationales, la TV), en réalité société du spectacle, où l’apparence et les paillettes dominent, mais où derrière les paillettes se cache le totalitarisme rampant et des multinationale et des médias et du pouvoir : ici les rois sont des figures qui ne meurent pas, ici le pouvoir est aux mains des « vizirs », les conseillers qui éloignent le pouvoir de ses subordonnés.
En se heurtant à pareil monde, la jeunesse, représentée entre autres par une jeune fille, Marie, est devant une aporie : impossible de créer quelque chose de neuf, impossible d’échapper au destin que les multinationales et la société qu’elles imposent ont dessiné. Dans la caricature de débat télévisé, où doit être élu « le président » (le roi immortel est en cage) l’intervention vite réprimée dans le sang d’un « terroriste », est le premier indice que la machine à écraser est bien huilée.
Macaigne fait hurler la jeunesse devant l’apocalypse.
Dans ce spectacle qui a effectivement les apparences d’un monde apocalyptique, d’une catastrophe générale où toute organisation semble détruite, où tout est possible, et notamment tous les populismes, croulant sous les bruits, au volume insupportable, où les fumigènes effacent un espace qui se couvre de mousse, où les formes même disparaissent, le public est comme contraint ou pris en otage d’une histoire dont il est victime et en même temps acteur, devant choisir entre un regard passif et la participation à une mascarade sinistre et désespérante. C’est bien la mascarade d’un monde effrayant à la Jérôme Bosch, où ceux qui détiennent le pouvoir ou qui sont aux manettes pour créer les marionnettes du pouvoir sont à la fois effrayants et terriblement actuels : on pense évidemment à Trump mais pas seulement : au fond sur les gradins ils sont tous là, tous les grands(?) de la planète, mannequins muets qui semblent si bien se glisser dans un spectacle à leur gloire.

Contre ce monde de profils lointains, contre ces mannequins qui ne sont que des anti-icônes, les acteurs débordent par tous les pores, par tous les sens, en un spectacle qui explose toute limite, et qui montre le heurt d’une jeunesse volontaire contre un monde préformaté où on leur propose illusion d’action et de pouvoir, tentative désespérée de briser le « mur de verre » comme on dit aujourd’hui et d’entrevoir un avenir qu’une petite fille dans la dernière image essaie d’envisager.
Macaigne nous plonge donc dans une ambiance à la fois burlesque et tragique, où – et c’est particulièrement sensible- on passe du délire au drame, avec une tension palpable du public, alternance échevelée de scènes délirantes et de moments tendus voire émouvants qui éprouve physiquement la sensibilité. Avec la fin ambiguë d’un espoir enfantin, mais tout ce qui précède est trop inquiétant pour qu’on y croie. Étonnant, remarquable, déroutant.
Face à ce spectacle très bien construit, qui laisse sans doute place à l’improvisation, parce qu’il dépend aussi du public présent dans la salle et de ses réactions, mais dont la réalisation technique est très maîtrisée,  et chaque jour un work in progress, la performance Voilà ce que jamais je ne te dirai accessible seulement à une centaine de personnes et mêlée au spectacle décrit précédemment est un autre moyen d’impliquer directement le public, mais aussi de le déstabiliser et de poser des problèmes délicats d’herméneutique.
Impossible de séparer les deux expériences, étroitement liées.
La performance est une expérience dite « immersive », un mot un peu galvaudé aujourd’hui, autour de la question de l’art : « l’art peut-il sauver le monde ? ». Pour y répondre, ou l’aborder, les spectateurs sont invités à revêtir des combinaisons antiradiations, à se munir de torches, et à regarder une interview filmée de l’historien de l’art Mathieu Jaccard conduite par Eric Vautrin, dramaturge de Vidy, qui évoquent ensemble Ulrich von Sidow, un artiste qui par ses positions radicales (il ne signe pas ses œuvres, il signe des œuvres d’autrui, réadapte des œuvres classiques,  pose sans cesse la question de la valeur de l’art – au sens éthique et au sens marchand) invite à la réflexion sur la valeur de l’œuvre, sur sa valeur de marché, sur l’œuvre et le nom, sur la mercantilisation de la signature. L’art se monnaye et Ulrich von Sidow tourne en dérision ses rites. Cette vidéo joue le jeu de l’interview intellectuelle, avec le décalage de l’ironie : Vautrin qui fume nerveusement et Jaccard qui tout aussi nerveusement essaie d’imposer son rythme, ses affirmations, si bien que l’entretien devient quelquefois « disputatio » au bord du ridicule. C’est cet entretien dont la thématique est sérieuse et centrale aujourd’hui (le rôle de l’art dans le monde, sa valeur intrinsèque ou marchande à travers le cas d’Ulrich von Sidow) mais dont le déroulement mêle sérieux et (presque) burlesque qui lance l’expérience, annonçant ainsi les thématiques de Je suis un pays….
On découvrira le lendemain en voyant le spectacle que l’interview se déroule dans le décor de Je suis un pays…, que le décor de la salle de la Société des Nations qui accueille le public affiche deux tableaux célèbres du Caravage (que Macaigne a déjà utilisé dans En Marche et que l’interview évoque) bref on établit le lendemain des liens explicites avec ce qui la veille n’était qu’implicite : des fils se tissaient, mais sans qu’on le sache.
Cela fait glousser un peu le public qui ne sait trop s’il faut prendre le tout au sérieux, au pied de la lettre : c’est sérieux et ça ne l’est pas, et il plane comme un doute dans l’esprit du spectateur qui est emmené ensuite manu militari (entraîné par un policier en uniforme de manifestation, armure et épaulettes) à travers le bar du théâtre (noyé dans les fumigènes, comme si on traversait un paysage désolé après une catastrophe) jusqu’à la salle Charles Apothéloz où se déroule Je suis un pays…Devant la porte close gardée par le même policier en armure anti manif, on entend des bruits, des hurlements de la musique à plein régime, et le petit groupe attend patiemment et en silence une bonne quinzaine de minutes, ignorant ce qu’on va lui demander, mais aussi disponible et offert.
La porte de la salle s’ouvre alors et les « performeurs » (ainsi doit-on les/nous appeler ?) descendent toute la salle pour monter sur la scène enfumée et envahie d’objets puis s’installer sur les gradins du fond.
Ainsi donc la performance « immersive » consiste aussi à être des « figurants » de la fin du spectacle (30 minutes environ) que l’on va voir en tant que spectateur le lendemain, ou plus tard .

Expérience centrale de participation effectivement immersive où ces 60 à 100 personnages blancs munis de torches lumineuses vont assister au même spectacle que les spectateurs de la salle…et pourtant à un spectacle complètement différent, plus tendu, plus dramatique, dans une atmosphère étrange où se jouent et la curiosité et le jeu croisé des regards : nous regardons la salle, mais vu les éclairages et les fumées on découvrira le lendemain que la salle ne nous voit pas bien, sortes de lucioles qui sont autant de points lumineux fixes ou mobiles selon les personnalités. Ainsi donc l’expérience du jour 1 et celle du jour 2 se croisent, autour du même texte et de la même scène, et sont radicalement différentes : les deux moments ne disent pas la même chose et continuent après quelques semaines de dire des choses très différentes sur l’expérience théâtrale, sur la distance et la participation, sur la question du point de vue et celle déterminante du regard. En tant que figurants nous sommes pour les spectateurs de la salle des points lumineux (assez esthétiques) qui rendent un peu plus mystérieuse cette scène finale. Sujets et objets d’un spectacle intense que la proximité rend encore plus cryptique : l’émergence finale du bébé (de Marie, l’héroïne, qui l’a caché), sorte de libération d’un fœtus géant couvert de pétrole noir et gluant, qui s’extrait d'un container à ordures, espoir du monde se traînant ensuite vers les figurants que nous sommes, a provoqué de la part d’une de mes voisines une réaction de recul, voire d’horreur, avec un cri, tant elle craignait que la chose ne se lovât sur elle. Vivre ce dedans et dehors, vivre ce regard sur un spectacle dont nous voyions la scène finale en n’ayant aucun repère sinon la conversation initiale autour d’Ulrich von Sidow a permis de créer chez le spectateur un véritable choc. C’est pourquoi les deux expériences sont indispensables à vivre pour saisir l’univers de ce spectacle et entrer dans une logique qui semble à certains se dérober. Et tout se termine par la rencontre des deux publics autour d’un verre ou d’une canette de bière, autour de la « Danse des canards », comme si le rêve-cauchemar prenait fin autour d’une fraternisation, d’une communauté réelle ? factice ? on en sort vraiment bousculé, dans un doute vertigineux.

Alors, de retour chez soi, et, en « spectateur actif » ou « immergé », on se met à penser, et à chercher, et d’abord on cherche Ulrich von Sidow dans Wikipedia : on se doute bien qu’il y a anguille sous roche mais on trouve l’article Ulrich von Sidow…Cependant l’article ne fait guère référence qu’au spectacle de Macaigne, avec des signes qui renvoient à Vidy ou à une interview fort bienvenue dans Toute la culture, bien habile à brouiller les pistes.
Alors le spectateur actif, d’une curiosité maladive se tourne vers Google Finlande, pour vérifier que Ulrich von Sidow correspond à une réalité finlandaise. Seuls les articles sur Vidy apparaissent. La boucle est bouclée. L’illusion théâtrale a fonctionné. Mais je conseille aux auteurs d’écrire un article en finlandais sur Wiki-Finlande, pour qu’y naisse un référencement et que la boucle soit totalement bouclée.

Au total, l’expérience de ces deux jours sur l’illusion, sur le théâtre, sur les rôles respectifs de chacun, sur les effets sur le public (les réactions ont été très différentes entre les deux jours, le public de la salle du jour 1 étant bien plus froid que le public du jour 2, plus « immergé » et disponible) sur Ulrich von Sidow ce fantôme du théâtre, mais aussi sur un théâtre qui dit l’effroi du monde en implosion, la catastrophe en cours et qui dit les somnambules que nous sommes, provoque chez le spectateur une secousse très salutaire, qui n'est pas trop loin du théâtre de Frank Castorf, en moins idéologique et plus tripal. Ce théâtre alimente la réflexion de sorte qu’on peine au total à sortir de cet univers : le lieu apaisé de ce théâtre au bord de l’eau y contribue aussi largement : on a envie que ça continueJe suis un pays… gagnerait peut-être à un texte moins volubile, plus resserré et concentré. Mais alors peut-être y perdrait-on tout ce qui fait de ce spectacle une sorte de catharsis de l’excès, du tragique au burlesque, du sang à la bière.

Guy Cherqui
Agrégé de Lettres, inspecteur pédagogique régional honoraire, Guy Cherqui « Le Wanderer » se promène depuis une cinquantaine d’années dans les théâtres et les festivals européens, Bayreuth depuis 1977, Salzbourg depuis 1979. Bouleversé par la production du Ring de Chéreau et Boulez à Bayreuth, vue sept fois, il défend depuis avec ardeur les mises en scènes dramaturgiques qui donnent au spectacle lyrique une plus-value. Fondateur avec David Verdier, Romain Jordan et Ronald Asmar du site Wanderersite.com, Il travaille aussi pour les revues Platea Magazine à Madrid, Opernwelt à Berlin. Il est l’auteur avec David Verdier de l’ouvrage Castorf-Ring-Bayreuth 2013–2017 paru aux éditions La Pommerie qui est la seule analyse parue à ce jour de cette production.
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1 COMMENTAIRE

  1. Bravo à Vincent Macaigne a des qualités humains + dons et les savoirs techniques + connaissances culturelles ❤️ Merci à lui et son équipe et ces lieux précieux des cultures Théâtres et Cinéma + Opera 💝 Viva la culture dans le monde💝 Merci aux artistes de vos cadeaux precieux 💝 Encore et Toujours et Partout . Vous êtes Tous Précieux à l'humanité ❤️
    On vous aime les Atistes et ces lieux Artistiques❤️

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